III. — SON THEATRE
naissance, et c'est elle-même qui annonce son mariage avec Dorante.
Cette comédie, qui passe à bon droit, pour une des meilleures de Marivaux, réunit en effet, presque toutes les qualités de l'auteur. Elle est toute de situation ; mais comme les incidents y sont habilement ménagés pour produire le résultat final ! Un abîme sépare Dorante d'Araininte, et la moindre maladresse pourrait tout compromettre, tout perdre. L'intrigue ne tient qu'à un fil, et Marton la suivante, qui en dispose, sans le savoir, l'aurait bientôt rompu, si elle venait à se douter qu'elle n'est qu'un instrument dans les mains de Dorante. Mais, dès le début, l'oncle Remy l'a mise naïvement dans les intérêts de son neveu en le lui promettant pour époux. Séduite par cette promesse, Marton prend pour elle tous les hommages qui ne s'adressent réellement qu'à sa maîtresse, et fait de son mieux pour appeler sur Dorante la bienveillance et l'estime d'Araminte, efforts qui ne lui réussissent que trop bien.
Ainsi, dans cette jolie comédie, conduite avec un art si savant et si fin, chacun joue son rôle et apporte, sans le savoir, sa part d'action pour amener un dénouement qui est le triomphe d'une
inclination naturelle sur les lois aveugles de l'étiquette. Enfin, le vif sentiment de l'égalité empreint dans ces comédies, ce caractère de bienveillance et de bonté à l'égard des serviteurs, et en même temps ces ménagements des maîtres pour eux, ne sont-ils pas dignes de l'auteur de Vile des Esclaves, c'est-à-dire, du moraliste conciliant, qui signale les abus sans maudire, et chez qui le désir ardent d'un avenir meilleur ne devient jamais la haine inconsidérée du présent ?
Marivaux donnait là dans cette œuvre, sinon un gage de son talent, du moins l'expression fidèle de ses dispositions intimes et de ses idées. L'Ile des Esclaves, en effet, n'est guère qu'une des nombreuses fantaisies de son inépuisable génie d'invention. Mais ne semble-t-elle pas déjà un rêve anticipé de ce mélange des classes qui devait s'accomplir soixante ans plus tard dans des conditions si différentes ? Ce sont les Saturnales de l'âere d'or. On croit, comme l'a dit énerçiauement un romancier, c entendre le bruit des sabots qui arrivent et celui des bottes vernies qui s'en vont.»
Mais n'y est-on pas déjà préparé par l'attitude des valets et des soubrettes du théâtre de Marivaux ? Qu'y a-t-il de commun entre eux et les