III. — SON THÉÂTRE J
théâtre, c'est que l'amour était le mobile à peu près unique de la société qu'il fréquentait et qu'il a voulu peindre; c'est que tout se passe dans le cœur, 0 comme il l'a dit lui-même, ajoutant aussitôt : g Mais ce cœur a bien des sortes de sentiments, et le portrait de l'un ne fait pas le portrait de l'autre. »
De la, sous mille formes différentes, ces tableaux épars qui se réunissent tous en un seul, aussi variable et changeant que la scène choisie par l'auteur; de là aussi ces détours et ces rentiers qu'il est obligé de prendre pour y arriver. Mais pour être plus longue que la grande route, cette voie en est-elle moins naturelle ? Et quand il suit avec tant de bonheur et de sagacité la gradation des sentiments d'Araminte, dans les Fausses Confidences, peut-on dire qu'il s'éloigne de la vérité ? N'est-il pas le peintre fidèle de ce qui se passe dans un cœur qui s'ouvre à l'amour, ce sentiment qui se développe sourdement, grandit et s'affirme enfin, lorsqu'il est trop tard pour le repousser ? 11 y a là une ressemblance avec la vie qu'on a trop méconnue et qui se retrouve pourtant dans presque toutes les comédies de Marivaux.
Si maintenant, dans son théâtre, tout se réduit
à des proportions ordinaires, c'est qu'autour de lui, il n'y avait rien de grand, rien qui sortît des bornes de la vie commune. Son œuvre est le reflet des mœurs et des caractères de son temps. Nous n'y trouverons pas de ces natures vigoureusement trempées, opiniâtres, incorrigibles et destinées à faire rire à leurs dépens ; mais elle nous présente encore des âmes honnêtes, sensées, généreuses qui se rendent à la raison, toutes les fois que la raison sait prendre le langage du cœur. Ses personnages ne sont pas emportés par une passion violente, aveugle, qui les maîtrise et qui les domine ; mais ils sont animés de sentiments plus vrais, plus humains, plus conformes à notre commune petitesse.
Enfin Marivaux n'a pas créé des types , parce qu'il vivait dans un monde où les types étaient rares ; il n'a pas mis sa gloire à composer un caractère unique de tous les défauts qu'on ne trouverait que difficilement dans plusieurs en ♦cherchant bien et en les exagérant un peu ; mais il a pris la société comme il l'a vue et pour ce qu'elle valait, et en essayant de lui plaire, il a tâché de la
corriger.
Voilà la pensée morale qui se dégage de tout son