‹ Marivaux, moralisteChapitre 26 sur 122 · III. SON THÉÂTRE · texte numérisé non relu

III. SON THÉÂTRE

théâtre. Tantôt elle se trahit par un mot heureux qui nous découvre toute la bonté de l'auteur : « Va, dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez » (Jeux de V Amour et du Hasard) ; ou bien il nous dira, en parlant de la vérité, dans la Réunion des Amours : « Le plus grand des mortels, c'est le prince qui l'aime et qui la cherche. Je mets presque à côté de lui le sujet vertueux qui ose la lui dire. » Paroles admirables que Fénelon lui eût enviées.

Tantôt cette pensée s'affirme avec une vigueur qu'on ne s'attend pas à rencontrer dans une œuvre qui ne semble écrite que pour le plaisir du public. La Mère Confidente est de cet ordre-là. Angélique, trop crédule et mal conseillée par Lisette, est sur le point de succomber à son amour pour Dorante, jeune étourdi qui n'écoute que sa passion, dût-elle déshonorer celle qu'il aime. Mais Madame Argante, qui s'est dès le début, constituée l'amie et la confidente de sa fille, est par elle instruite de tout et suit les progrès de cette passion naissante avec une intelligence maternelle ; et ce n'est qu'au moment où Angélique vaincue, ne peut plus se défendre contre elle-même, que cette bonne mère fait entendre enfin aux deux amants le lan-

gage sévère de la raison. C'est alors qu'elle trouve dans son cœur des expressions de la plus vive éloquence pour confondre les projets coupables de Dorante, qui croit, dans sa bonne foi d'amoureux, qu'un mariage remet tout à sa place. « Les passions, s'écrie Madame Argante indignée, seraient bien à l'aise, si leur emportement rendait tout légitime ! »

Comme le style s'élève, comme il devient facilement simple, nerveux, pressant, quand l'auteur abandonne son esprit à son geste naturel, quand il renonce à cette psychologie impitoyable d'un observateur mondain et trop raffiné !

La Mère Confidente pourrait se placer à côté des plus morales et des plus charmantes conceptions de Marivaux. C'est le triomphe d'une libre et sage éducation ; c'est la contre-partie de l'Ecole des Mères, pièce bien inférieure à l'autre pour le naturel et le sentiment. Elle s'adresse aux mères qui ne cherchent, dans l'établissement de leurs filles qu'un intérêt d'argent, sans tenir compte de l'âge ni de l'inclination. Mais les remontrances de la mère ont trop d'aigreur et trop d'irritation pour être profitables.

Il semble que ces deux comédies eussent gagné

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