‹ Marivaux, moralisteChapitre 30 sur 122 · III. — SON THEATRE b D · texte numérisé non relu

III. — SON THEATRE b D

commençait à se retirer, lorsqu'il y fut ramené en 1718 par une pièce française, le Port à l'Anglais, dont le succès encouragea les acteurs et l'auteur. Mais qui se souvient aujourd'hui d'Autreau, pas plus que de Legrand, Noisy, Delisle, Boissy, d'Allainval, et même de Saint-Foix qui ne réussirent que grâce à la nouveauté de leur répertoire?

Avec Marivaux, la Comédie italienne se corrige, se moralise, se rajeunit. Elle sort de la voie commune , de ces farces grossières , et souvent même indécentes, pour prendre une allure plus régulière, plus variée et plus honnête. Ici, tout s'anime, tout se meut, tout vit de sa vie propre, et tout participe à la vie générale. L'auteur a compris que cette vie n'est que l'éternelle jeunesse d'un monde qui se renouvelle sans vieillir. Ses personnages de femmes- étudiés avec tant d'amour, dans leurs sentiments les plus secrets et les plus délicats, dans leurs mouvements les plus capricieux et les plus cachés, ne sont pas ceux de son année et de son endroit ; mais bien ceux de son temps et de son pays. C'est dans cette région morale, déjà tant explorée, qu'on lui doit de nouvelles découvertes; qu'il a fait, comme on l'a dit, quel-

ques pas de plus dans le gracieux labyrinthe de la vanité féminine.

Cette vue pénétrante du vrai, même convenu, est un des caractères les plus frappants du talent de Marivaux. L'écrivain laisse le terre à terre pour s'élever au-dessus du petit coin qu'il habite, et son imagination s'ouvre a toutes les impressions qu'elle reçoit; elle les retient, pour les faire siennes, et pour les reproduire sous une autre forme qu'on ne saurait oublier.

Ici, la morgue des gens de fortune et de naissance ; là, le fat, e avec sa petite âme qui n'a qu'une fonction, celle de promener son corps comme la merveille de nos jours ; » l'important, « qui ne décide que par monosyllabes : tout son esprit est dans sa perruque ; o le bavard, e qui ne dit rien et qui parle toujours; » la coquette, o qui trouve que la sincérité est une triste qualité quand on a le goût faux. »

Toute cette galerie changeante, tugitive et presque insaisissable que lui offrait la société mondaine des salons, Marivaux a su la peindre avec des couleurs vraies, des allures vives et piquantes que La Bruvère lui-même n'aurait pas désavouées. C'est que des impressions successives et multiples,

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