‹ Marivaux, moralisteChapitre 33 sur 122 · V. — LA VIE DE MARIANNE 6l · texte numérisé non relu

V. — LA VIE DE MARIANNE 6l

ses écrits désarmera toujours la critique la plus obstinée. Mais trop enclins, par la mollesse de notre attention ou plutôt, par notre paresse, à recevoir d'abord les jugements tout faits, nous nous en allons, les répétant, sur la foi d'un écrivain prévenu ou mal instruit, et nous contribuons ainsi à fausser la réputation d'un auteur fort estimable, sans que la victime puisse jamais s'en relever. Mais un jour vient où notre conscience inquiète veut quelque chose de plus. Peu satisfaite des interprétations systématiques ou légères dont nous nous sommes nourris jusque-là, elle en appelle de notre bonne foi surprise à une étude plus attentive de l'auteur lui-même, et alors nous ouvrons le livre avec la résolution de le juger sans parti pris, sans nous laisser non plus dominer par l'éclat d'un grand nom, et s'il arrive que

notre critique s'égare, si nous passons d'un dédain mal fondé à une admiration exagérée, nous

pouvons au moins nous rendre ce témoignage que

nous avons été sincères et voulu être justes.

L'amour, qui tient tant de place dans le théâtre de Marivaux, est loin, on le voit, de le remplir

tout entier. Que nous considérions la morale comme la science des caractères ou comme l'expression des devoirs ; que le moraliste soit pour nous un simple observateur des passions humaines ou le défenseur persévérant des grands principes de la société, on reconnaîtra qu'il était difficile dans ce genre léger, de porter plus haut que Marivaux la sagacité qui devine, et parfois l'éloquence qui touche. Et cependant, nous n'avons là encore, pour ainsi parler, que la monnaie de cette disposition qui, chez lui, est avec l'esprit, l'âme et la vie de son talent. C'est dans ses romans qu'elle s'affirme avec éclat ; qu'elle prend véritablement un corps, et qu'elle se développe avec les nuances infinies que renferme le cœur de l'homme dans toutes les conditions sociales.

Dans ses comédies, il n'avait qu'un moment pour nous montrer ses personnages, pour les faire agir et se révéler. L'illusion de la scène réclamait ses droits, droits impérieux, auxquels le génie luimême n'échappe bien souvent qu'aux dépens de la vraisemblance.

Pour intéresser au théâtre, en effet, et même pour laisser dans l'imagination la vive impression d'un caractère, l'auteur comique est inévitable-

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