‹ Marivaux, moralisteChapitre 40 sur 122 · V. LA VIE DE MARIANNE 8l · texte numérisé non relu

V. LA VIE DE MARIANNE 8l

rappellent Molière, sans le faire oublier, mais qui sont tout ce qu'ils pouvaient être dans une société décolorée, amoindrie, où les physionomies manquent de relief, où les ridicules mêmes perdent de leur saillie et de leur carrure. On sent que le temps est passé de

« ces haines vigoureuses

« Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. »

M. de Climal, qui est certainement un personnage bien dessiné et étudié, n'est pas un de ces caractères qu'on puisse opposer au Tartufe, quoi que en ait pensé Marivaux. L'hypocrite de Molière est d'une conception plus profonde, d'un jet' plus nerveux et plus large : c'est un scélérat qui ne recule pas devant les plus noires trahisons, pourvu qu'il en paraisse innocent ; qui poursuit, à l'ombre de la dévotion, les plus infernales machinations, et qui n'a dans le cœur, à l'avortement de ses desseins, qu'un seul sentiment, celui de la rage impuissante.

Marivaux, qui a pour lui le temps et l'espace, entre plus lentement dans l'intérieur de son personnage, et encore, n'en montre-t-il qu'un côté. C'est à peine si M. de Climal peut être appelé un

faux dévot : il ne l'est que par accident, par le choix que le Père Saint- Vincent a fait de lui pour protéger Marianne ; c'est sa passion pour elle qui l'égaré, qui l'entraîne dans l'oubli de tous ses devoirs, à l'âge où la passion nous rend encore plus ridicules que coupables. Mais qui de nous oserait lui jeter la première pierre ? Retirons cette circonstance de sa vie ; qu'il n'ait pas été chargé de ce rôle dangereux auprès de la belle orpheline, et il restera ce qu'il est réellement, un homme faible, en qui le vice n'a pas plus de racines que la vertu, capable de repentir et de retour, un de ces dévots enfin pour qui Voltaire semble avoir fait ces vers faciles :

« Tel un dévot infatigable

« Dans l'étroit sentier du salut,

« Est cent fois tenté par le diable,

s Avant d'arriver à son but. »

Mais si l'hypocrite de Marivaux est inférieur à celui de Molière, en revanche, il peut hardiment se comparer à celui que La Bruyère a composé avec l'intention évidente de mettre en lumière toutes les fautes contre la vraisemblance dont le Tartufe peut être accusé.

Il est certain que M. de Climal est tout aussi

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