‹ Marivaux, moralisteChapitre 42 sur 122 · V. LA VIE DE MARIANNE · texte numérisé non relu

V. LA VIE DE MARIANNE

son héroïne éclairent Faction, sans l'interrompre, et ne sont qu'un stimulant de plus pour la curiosité. S'il décrit, selon son principe, un personnage dans ses moindres traits, il ne manque pas de le placer dans le cadre qui convient à son caractère et à sa condition ; il le montre à tous les moments de sa vie, dans ses paroles et dans ses actes, conforme à ce que nous savons.

En vain, comme dans les portraits de Madame de Miran et de Madame Dorsin, la description se prolonge et descend à une multitude de détails, elle ne peut languir un seul instant parce qu'une pensée constante la soutient, et qu'on veut savoir jusqu'où s'étendront la bonté et la raison de ces deux admirables femmes, placées comme deux anges tutélaires à côté de l'infortunée Marianne. Car, en multipliant les dangers autour de son héroïne, Marivaux n'entend pas la livrer sans défense à toutes les séductions qui l'assiègent. La piété profonde de la jeune fille, sa fierté naturelle, son amour pur et élevé pour M. de Valville; enfin la protection si généreuse et si entière de ses deux bienfaitrices , sont comme autant de sentinelles avancées qui la défendent contre le découragement et les surprises de son propre cœur.

Peut-on lire, sans être ému, ce touchant tableau de la bonté si parfaitement personnifiée dans Madame de Miran, la mère de Val ville, qui consent au mariage de son fils avec Marianne, sans égards pour des préjugés alors tout puissants ? Marianne ignore de qui elle est née; elle a perdu ses parents,, avant de les connaître; elle n'a ni biens, ni famille, et Madame de Miran tient un rang considérable par sa fortune et par son nom. Un abîme, aux yeux de la société, sépare donc les deux jeunes gens, et Marianne ne néglige rien pour en montrer toute la profondeur, dans cet entretien d'un sentiment si noble, si loyal, si propre à lui faire pardonner les quelques mouvements de coquetterie qu'on pourrait lui reprocher.

On ne suit pas avec moins d'intérêt le combat qui se livre dans l'excellent cœur de Madame de Miran, partagée entre les exigences du monde et sa tendresse maternelle. Mais chez cette femme généreuse, la bonté devait l'emporter sur tous les scrupules : elle ne se sent plus le courage de résister à une inclination que les grandes qualités de Marianne semblent légitimer. Elle ne veut pas être le tyran de deux êtres qu'elle chérit également ; elle aime mieux être leur mère.

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