VI. LE PAYSAN PARVENU IO
sordres, et l'auteur a mieux aimé mettre en œuvre un ressort usé que de laisser la débauche éhontée sans expiation.
La mort du maître est le signal d'une ruine totale. Aux courtisans de la fortune succèdent d'impitoyables créanciers, qui s'abattent comme des oiseaux de proie sur cette maison, hier encore livrée à tous les raffinements du plaisir et de la dépense. Ramenée à son devoir par un coup si brusque, Madame renvoie tous ses domestiques, même Jacob, qui lui offre généreusement ses services, et elle se retire dans un couvent.
Tel est le premier épisode de la vie de notre Paysan à Paris. Il suffit pour le montrer dans les traits principaux qu'il gardera jusqu'à la fin du roman. Avec Marivaux, on ne marche jamais au hasard. Il nous initie vite à la connaissance de ses personnages, parce qu'il établit leur caractère par des actions et non par des paroles. Il ne présente pas en aphorismes verbeux les principes qu'il leur prête ; il fait mieux : il les met en pratique.
Dès à présent, on sait à quoi s'en tenir avec Jacob, qui doit être l'âme de toute cette histoire. C'est un garçon encore simple et naïf, un enfant
de la nature, qui n'a que le gros bon sens de son village, et l'exprime d'une manière qui ne manque ni de franchise, ni d'esprit, ni même d'une certaine sagacité. Mais il est plein du désir de parvenir et de faire tourner au profit de sa propre expérience toutes les fautes qu'il verra commettre.
Si parfois nous le voyons hésiter entre deux partis qui lui semblent également avantageux, ne ui faisons pas un crime de ses hésitations ; il n'en est que plus vrai. Rien de plus naturel que la raison et la passion se disputent un cœur de vingt ans, heureux seulement quand la raison l'emporte. C'est dans cette lutte que les caractères s'habituent à se maîtriser, à se vaincre, « à se redresser pour être grands, » selon la belle expression de Marivaux.
Sans doute, Jacob, tout paysan qu'il est, ne perd pas de vue le soin de son avenir,) et il est décidé à ne manquer aucune occasion de l'assurer. Il est de ces gens qui se prêtent aux autres, comme dit Montaigne, et qui ne se donnent qu'à eux-mêmes. Cependant, le cas échéant, il sera susceptible de générosité et de dévouement, et il arrivera même qu'un mouvement de son bon