VI. — LE PAYSAN PARVENU I I
toutes les conditions, et avec une étonnante finesse de détails et d'aperçus. C'est surtout leur physionomie extérieure qui l'attire ; leur marche dans le monde, leurs rapports avec les accidents de la vie et avec l'ordre de la société. Pour lui, tout ce qui n'est pas piété éclairée, tolérante, généreuse, est fausse dévotion, et il en poursuit les effets avec toutes les armes de l'ironie et du ridicule, quelquefois avec la véhémente indignation d'une âme honnête que l'hypocrisie révolte.
Combien il sait nous rendre odieuse par les actes la belle-sœur de Jacob, cette femme d'une dévotion exaltée et maladive, qui oublie, dans les discussions théologiques, ses devoirs d'épouse et de mère, qui passe une partie de sa vie dans son lit et l'autre au sermon ; qui appelle son directeur son ange, et n'a que du mépris pour son mari ; indifférente enfin à ses plus chers intérêts, et bientôt la cause de la ruine de sa maison ! Quelle vérité dans ce douloureux tableau et quelle leçon !
Mais si Marivaux se montre dur à l'égard de ceux qui « ri ont de dévotes que les lèvres, qui ne vont à l'église que pour se montrer, pour y jouir superbement d'une posture de méditatifs, » il est plein de respect pour « les vrais serviteurs de Dieu,
pour les gens pieux qui édifient le monde. » Il pense avec Molière, auquel ici il est digne d'être comparé, que
« Les bons et vrais dévots qu'on doit suivre à la trace, a Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace. »
Comment les détracteurs de Marivaux n'ont-ils pas été frappés de cette souplesse de génie qui se prête si merveilleusement à toutes les exigences du sujet, qui sait descendre, quand il le faut, aux formes du langage le plus vulgaire, ou prendre le ton de la véritable éloquence ?
Faisons aussi large qu'on voudra, la part de ses défauts, dont on a peut-être trop parlé ; reconnaissons avec M. Sainte-Beuve, « qu'en usant à bon droit de sa manière de sentir pour s'exprimer avec une singularité souvent piquante, il dépasse, sans s'en douter, la mesure, tombe insensiblement dans le raffiné, et devient maniéré le plus naturellement du monde ; que, même dans ses grotesques et ses masques, il y a un certain glacis, un certain vernis qui trahit la coquetterie de l'imitation...» Toutes ces critiques sont justes, pourvu qu'elles ne nous fassent pas oublier les beautés durables des romans de Marivaux ; ce progrès