‹ Marivaux, moralisteChapitre 61 sur 122 · VI. — LE PAYSAN PARVENU I2D · texte numérisé non relu

VI. — LE PAYSAN PARVENU I2D

der de maintenir dans son emploi son mari mourant! « Il n'y a plus moyen, Madame, j'ai disposé de l'emploi pour ce jeune homme que voilà. » Ce jeune homme, c'est Jacob, qui refuse noblement cette triste dépouille, ce qui lui gagne la protection décidée de l'honnête Bono. Cependant Fécour réfléchit que Madame Dorville n'a que 20 ans, qu'elle est belle, et à la veille d'être veuve, considérations bien faites pour tenter la passion d'un homme habitué à spéculer sur le malheur d'autrui. On a vu comment Jacob , si maladroitement choisi pour négocier ce honteux marché, repousse fièrement les promesses séduisantes du financier.

Ainsi, en faisant la part de ce qu'il y a de défectueux dans le Paysan parvenu, des quelques indélicatesses qui choquent dans le personnage principal , mais qui s'expliquent surtout par son ancienne condition de valet, et qui se font oublier d'ailleurs par des actes pleins de noblesse et de générosité, ce roman reste encore une oeuvre considérable, et qui n'aurait pas dû être exposé aux railleries de Voltaire. Nous ne pensons pas non plus que Marivaux ait besoin d'être justifié du reproche de l'avoir laissé inachevé. Que pouvait-il y ajouter pour grandir l'intérêt, qui doit toujours

aller croissant ? Jacob est parvenu de la plus humble condition à un rang élevé dans l'Etat ; il est bon et il est riche , mais la fortune n'a pas gâté ses heureuses qualités. Il est donc aisé d'en conclure qu'il fera de ses grands biens un noble et utile emploi. Il nous semble que pour aller au-delà, il faudrait créer d'autres situations et d'autres personnages, c'est-à-dire recommencer un autre roman . Tout en publiant son Paysan parvenu, Marivaux continuait à écrire pour le théâtre. Les applaudissements qu'il y trouvait et son état de pauvreté le ramenaient sans cesse à ces travaux favoris de sa jeunesse, qui avaient commencé sa réputation et qui l'avaient fait vivre, en le consolant des tristesses d'une vie laborieuse et précaire.

Ces comédies n'ont pas toutes la valeur des Fausses Confidences, publiées en 1736, et son dernier chef-d'œuvre. Cependant la petite pièce des Sincères (1739) est une des plus agréables et des plus piquantes de l'auteur. La scène IV surtout, entre la marquise et Ergaste, rappelle assez bien l'admirable scène des portraits dans le deuxième acte du Misanthrope. C'est aussi une série de portraits esquissés avec tout l'esprit et la fine malice d'une coquette.

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