‹ Marivaux, moralisteChapitre 62 sur 122 · VII. DERNIERS ECRITS · texte numérisé non relu

VII. DERNIERS ECRITS

L'Epreuve (1740) n'est guère qu'une spirituelle mystification dont s'amuse un amant, Lucidor, aux dépens de celle qu'il aime , Angélique , et dont il veut éprouver l'amour avant de l'épouser: C'est exactement la donnée des Jeux de V amour et du hasard, avec des situations différentes. Frontin est bien de la famille des valets de Marivaux, qui peuvent toujours jouer le rôle de leurs maîtres et en porter l'habit sans trop d'invraisemblance.

On croirait que l'auteur a voulu, dans ces transpositions, montrer qu'entre le maître et le valet, la fortune fait seule la différence. Biaise est le paysan normand, madré, rapace, d'une naïveté calculée, chez qui la cupidité fait taire tous les autres sentiments. Et remarquons à ce propos que Marivaux, élevé en Auvergne, n'a pourtant jamais emprunté ses personnages à cette province. Tous ses paysans parlent un mauvais patois normand, et ils en ont plus ou moins le caractère. Mais on sait que l'auteur était originaire de la Normandie. C'est sans doute un souvenir de sa toute première jeunesse que nous retrouvons dans ses œuvres.

Enfin, le personnage sérieux et sensé de Y Epreuve, c'est Angélique, l'amante persécutée, qui semble

faire la critique de la pièce lorsqu'elle dit : « Je sais bien que si jamais je viens à aimer quelqu'un, ce ne sera pas moi qui lui chercherai des filles en mariage ; je le laisserai plutôt mourir garçon. »

En parlant ainsi, Angélique exprime un sentiment vrai, naturel. Elle ne comprend pas qu'un amant bien épris ose risquer son repos dans une expérience, au bout de laquelle peut très bien se trouver une déception. Les manières et les promesses de Frontin, qui ont surpris la bonne foi de la mère, Madame Argante, pouvaient tout aussi bien séduire le cœur de sa fille.

Voilà ce que se dit la véritable passion. Aussi, quand Lucidor, satisfait de cette humiliante épreuve, se décide à déclarer son amour, Angélique n'en croit rien , malgré les protestations les plus tendres. Elle ne se laisse convaincre que par la demande formelle de sa main.

Ces quelques défauts qui nous frappent aujourd'hui n'empêchèrent point Y Epreuve d'être reçue avec beaucoup de faveur à la Comédie italienne où depuis vingt ans, Marivaux ne comptait que des succès. Cependant, c'est à partir de ce moment qu'il cessa d'écrire pour cette scène qui avait porté bonheur à son talent. Peut-être eut-il lieu

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