‹ Marivaux, moralisteChapitre 63 sur 122 · VII. — DERNIERS ECRITS I 2q · texte numérisé non relu

VII. — DERNIERS ECRITS I 2q

de le regretter, car, si l'on excepte le Préjugé vaincu (1746), qui est resté au Répertoire, il ne fit plus rien dans ce genre qui mérite d'être signalé. Sa verve, qui semble s'éteindre dans certaines lettres d'une moralité et d'un goût douteux, ne se ranime plus par intervalles, que pour produire de petits drames fort touchants, comme la Femme fidèle, destinés au comte de Clermont.

C'est sans doute à ce propos que Voltaire écrivait au marquis de Villette : « Il n'y a plus que les drames bourgeois du néologue Marivaux où l'on puisse aller pleurer en toute sûreté de conscience, » boutade qui convenait moins à l'auteur des Fausses Confidences qu'à La Chaussée, l'inventeur du drame larmoyant.

Cependant, malgré la malignité évidente de ce jugement, il y a certainement un grand fond de vérité. En vieillissant, en effet, Marivaux inclinait de plus en plus vers le genre sentimental, comme la société dont il était depuis si longtemps la vivante expression. Elle lui avait communiqué, la nature et la volonté aidant, ce style ingénieux et travaillé qui lui vaut de la part de Voltaire l'épithète de néologue ; elle trouva encore en lui cette émotion sincère, ce don des larmes, qui faisait

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partie de son talent, quand elle fut gagnée à cette sensibilité en paroles,, d'autant plus prononcée chez un peuple, que la chose devient plus rare.

Là, comme ailleurs, Marivaux est affecté le plus naturellement du monde; il a sa manière de sentir et de s'exprimer, qui ne saurait être du goût de Voltaire ; mais cette manière a encore bien du charme et de la grâce, et l'effet, pour être cherché, n'en est pas moins trouvé, et souvent nous laisse émus.

Mais pour juger Marivaux avec équité, n'essayons pas de le soumettre à une rigoureuse esthétique littéraire ; il est de tous les écrivains celui qui en a le moins de souci. Il a voulu être lui, et pas autre chose. Ennemi des voies connues, des sentiers battus, il cherche et trouve le sien où personne n'a passé avant lui, et où personne ne passera peut-être après ; il l'orne comme son domaine ; il l'embellit avec amour de toutes les fleurs qu'il cueille autour de lui, et dont plusieurs, après plus d'un siècle, ont conservé presque toute leur fraîcheur et tout leur parfum.

Telle est, croyons-nous, la part de Marivaux dans la littérature du xvme siècle ; elle est modeste, sans doute, mais elle est bien la sienne, et per-

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