‹ Marivaux, moralisteChapitre 64 sur 122 · VII. — DERNIERS ECRITS ID I · texte numérisé non relu

VII. — DERNIERS ECRITS ID I

sonne jusqu'ici ne s'est présenté pour la lui disputer.

Néologue ? oui vraiment, il l'est plus que tou* autre, et il a voulu l'être. Si ce mot sous la plume de Voltaire est une critique, prenons-le, nous, plutôt comme un éloge ; car Marivaux n'a pas été néologue sans le savoir ; il a consacré toutes les ressources de son esprit à le devenir : c'est un de ses meilleurs titres de gloire. En cherchant à le mériter, il lui arrive de s'éloigner du droit chemin ; mais alors même que ses vues ne sont pas toujours d'accord avec la raison, elles ont au moins l'avantage de nous y ramener et de nous faire penser.

Le Cabinet du Philosophe en est un exemple frappant. Le style précieux, qu'il défend avec une incontestable abondance d'idées, est d'abord l'objet de ses théories paradoxales qui sont comme l'orthodoxie de son talent. Mais quand il porte son attention sur d'autres sujets; quand il nous parle de la religion, de l'insouciance de Vhomme sur V avenir de son âme, de la pauvreté, etc., que de pensées justes, élevées, empreintes du plus pénétrant, du plus pur sentiment moral ! Il y a des leçons de la plus haute portée sociale, données sans prétentions au dogmatisme, et qui ne pouvaient germer

que dans une âme honnête et convaincue. « Sa philosophie, libre et indépendante, ne fait grâce à aucun des travers qu'elle rencontre sur son chemin ; mais elle abaisse sa fierté devant les barrières qu'un devoir impérieux lui oppose. »

Tant d'oeuvres aimables et de pages sérieuses, où l'agrément du style semble naître de la sérénité de l'âme, avaient marqué sa place dans un rang très honorable parmi les auteurs contemporains ; mais il manquait à sa renommée la -sanction que tout écrivain ambitionne comme le couronnement de sa carrière littéraire : il n'était pas de l'Académie française.

Ses amis, Fontenelle en tête, qui appréciaient son caractère autant que son talent, y songeaient pour lui, depuis quelques années, et ce fut même d'après leurs conseils, qu'en 1740, Marivaux s'était décidé à renoncer tout à fait à la Comédie italienne, voulant se présenter avec plus de gravité devant l'illustre Compagnie. Il y fut admis le 4 février 1743, à l'unanimité. Il avait cinquantecinq ans, et il y en avait plus de trente qu'il n'avait point passé un seul jour sans écrire.

Il dut lui paraître doux de recevoir, dans ce sanctuaire de la gloire et du génie, la consécration

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