‹ Marivaux, moralisteChapitre 65 sur 122 · DERNIERS ÉCRITS I · texte numérisé non relu

DERNIERS ÉCRITS I

des travaux de sa laborieuse existence. Il en exprimait sa joie d'une manière délicate dans son discours de réception, regrettant que le public ne pût être témoin qu'une fois de l'expression de sa reconnaissance : « Mais mon cœur, ajoutait-il, s'en dédommagera , en vous la conservant toujours. »

On connaît les circonstances singulières de cette réception. Un archevêque, Languet de Gergy, chargé de répondre à un auteur de comédies et de romans, c'était alors un spectacle assez nouveau pour piquer vivement la curiosité. Mais le prélat sut tout concilier, en déclarant que son ministère lui avait interdit à peu près la lecture des ouvrages de Marivaux, et qu'il n'en pouvait guère parler que par ouï-dire.

Peut-être ne fut-ce qu'une adroite réserve pour n'avoir pas à porter un jugement personnel sur des matières aussi délicates. On serait tenté de le croire, lorsqu'on lit ce discours, où l'auteur mêle fort habilement à la critique des œuvres, l'éloge du caractère et de l'esprit du récipiendaire. L'impression d'une lecture récente ne lui aurait pas fourni des réflexions plus justes, des remarques plus judicieuses, quand elles ne sont pas em-

preintes d'une certaine âpreté qui se déguise mal sous la politesse du langage.

Cette critique, qui devait se renouveler si souvent de notre temps, dans les discours académiques, était alors une nouveauté. Jusque-là, on n'était guère sorti des limites de l'éloge, comme l'a fait Marivaux pour l'académicien qu'il remplaçait. Cette séance eut donc un double attrait dont l'archevêque fit tous les frais. Evidemment son discours n'est pas d'un homme franc du collier. Il a une marche oblique et des allures sournoises qui gâtent les meilleurs endroits. L'auteur a beau dire au nouvel élu que le célèbre La Bruyère paraît, dit-on, ressusciter en lui, on sent qu'il ne le couvre de fleurs que pour mieux l'immoler, car, à la page suivante, se faisant l'interprète de ses confrères ou de l'impersonnel on dit que, il critiquera de la façon la plus amère le côté moral des œuvres de l'honnête Marivaux.

Oui, il y a dans les écrits de notre auteur, quelque chose de sensuel, de voluptueux, qui n'est point d'ailleurs particulier à lui seul au xvme siècle. Les meilleurs n'y ont point échappé, et dans Rousseau, c'est le sentiment qui respire partout, qui en fait l'intérêt et la vie. Mais ce

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