‹ Marivaux, moralisteChapitre 66 sur 122 · VII. — DERNIERS ÉCRITS · texte numérisé non relu

VII. — DERNIERS ÉCRITS

reproche pouvait être présenté avec plus de ménagements, et surtout plus de franchise : un discours académique n'est point un sermon.

Cette critique fut d'autant plus sensible à Marivaux qu'il n'y était nullement préparé. On s'était souvent raillé du précieux de son style, de la finesse recherchée de ses pensées, et il s'était défendu de son mieux, soit par des bons mots, soit par de petites dissertations fort ingénieuses et très bien déduites. Mais c'était la première fois qu'on l'attaquait dans la moralité de ses écrits, et lancée du haut de la tribune de l'Académie française, cette attaque lui parut être le jugement définitif de la postérité.

Il n'est guère probable cependant que Marivaux ait été sur le point d'interpeller publiquement, comme on l'a dit, l'archevêque de Sens, et de demander justice à l'Académie. Il était trop avisé pour se donner ce ridicule, qui aurait mis les rieurs contre lui. Mais il en garda un fond de tristesse qui dut influer sur son talent.

Il semble en effet, qu'à cette époque il soit à la recherche d'un genre qui n'expose plus ses ouvrages au reproche d'immoralité. Ainsi, il publie, dans le Mercure, ce qu'il appelle h Miroir, espèce

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d'épître très sensée, très réfléchie, pleine d'idées neuves et originales, où l'homme se voit dans toutes les variétés et les développements successifs de sa pensée depuis l'antiquité. Marivaux n'admet pas que la nature soit sur son déclin, comme beaucoup se plaisent à le proclamer ; « la force de nos passions, de nos folies, et la médiocrité de nos connaissances, malgré les progrès qu'elles ont faits, devraient nous faire soupçonner que cette nature est encore bien jeune en nous. »

Il n'admet pas davantage que le Moyen-Age soit une époque de stérilité. « Dans ces siècles réputés barbares, dit-il, il y avait de grands esprits, et qui se sont alors montrés comme tels. S'ils n'ont point produit des ouvrages plus durables et qui soient de nature à nous plaire encore, prenez-vous en aux siècles barbares où ces grands esprits arrivèrent et à la détestable éducation qu'ils reçurent, en fait d'ouvrages d'esprit. »

Toutes ces réflexions, qui sont d'une vérité frappante, pouvaient s'éclairer encore d'un développement de plus, qui a sans doute échappé à Marivaux, peu versé, on le sait, dans la connaissance de ces temps reculés. Ce qui manquait aux grandes individualités du Moyen-Age, ce n'était

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