VII. — DERNIERS ÉCRITS l3y
pas précisément « les ouvrages d'esprit » puisque c'est du Moyen-Age que nous tenons tout ce que nous savons de l'antiquité, mais bien l'instrument même de la pensée, la langue, sans laquelle
« l'auteur le plus divin
« Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Réduit, pour être entendu, tantôt à un idiome ingrat, tantôt à un latin dégénéré, leur génie, fait pour l'espace, la lumière et les sommets, était comme un aigle captif dans ces régions basses et ténébreuses. Ils en subirent, à leur insu, la pernicieuse influence, comme plus tard, Marivaux luimême subit celle de son temps, à laquelle déjà ne le préparait que trop la nature de son esprit.
Malgré cette réserve, le Miroir n'en est pas moins un des meilleurs et des plus substantiels écrits échappés à sa plume. S'il fût resté fidèle à ce genre à la fois sérieux et léger, qui lui était familier, il se serait épargné bien des déceptions ; il n'aurait pas eu le chagrin de se survivre. Mais il eut le malheur de vouloir « forcer son talent, » et il se trouva que le burin de l'histoire était trop lourd pour cette main habituée à tenir le pinceau de Téniers et de Watteau.
Il s'en aperçut le jour où lisant, dans une séance publique de l'Académie française, ses Réflexions sur les Hommes et sur les Romains, il ne rencontra qu'un public distrait et peu disposé à l'écouter. Il en sortit blessé dans son amour-propre, découragé et peut-être aussi, convaincu qu'il avait fait fausse route. Mais il était trop tard pour rentrer dans celle où il n'avait eu que des applaudissements, car il avait soixante-trois ans; c'était en 175 1 .
Cet homme aimable et d'un commerce si charmant n'eut pas une vieillesse heureuse. Lorsqu'il sentit que son heure de succès était passée, et que la faveur du public se retirait de lui, il en conçut une profonde tristesse, et devint, à l'excès, susceptible et méfiant. On n'osait plus, dit-on, se parler bas devant lui, sans qu'il crut que ce fût à son préjudice.
Collet prétend même qu'il fallait le louer et le caresser continuellement comme une jolie femme. Enfin Grimm, dans sa Correspondance littéraire, se montre encore plus dur à son égard. Nous ne rapporterons pas ce jugement, qui nous paraît d'autant plus malveillant qu'il fut. écrit au moment de la mort de Marivaux : il est d'un ennemi plutôt que d'un critique équitable.