VII. — DERNIERS ÉCRITS IJQ
Il est certain que, sur la fin de sa vie, il eut beaucoup à souffrir dans son amour-propre, qui avait toujours été très chatouilleux. Il n'en avait pas sondé toutes les subtilités et tous les détours, sans les avoir longuement observés dans son propre cœur.
Il nous semble cependant que Marivaux en vieillissant, fut plus heureux que d'autres écrivains plus grands que lui. Il se survécut, et il fut le témoin découragé de son déclin ; mais au moins il ne connut pas, de tous les mécomptes, le plus triste et le plus amer pour l'orgueil d'un auteur : ses derniers jours ne furent pas importunés par l'éclat naissant d'une gloire rivale ; cette douleur lui fut épargnée.
Il eut des détracteurs ; il eut même de faibles imitateurs ; mais il n'eut pas de rivaux, et il était bien difficile qu'il en eût. C'est l'opinion de Palissot, qui le juge avec assez d'impartialité. « Marivaux, dit-il, avait un tour d'esprit qui ne sera donné à personne. » Et plus loin : « Il sera toujours cité parmi les peintres de la nature, mais il ne faut pas même songer à imiter sa manière. »
Où est, en effet, le successeur de Marivaux, qui ait mis tant de réserve et d'originalité dans la
peinture des mœurs les plus corrompues ; qui ait réuni, au même degré dans un genre léger, tant d'esprit, de bon sens et de gaieté, sans sortir des limites d'une liberté permise ? Quel écrivain, au xvme siècle, a fait jouer plus habilement tous les ressorts de la vanité féminine, après l'avoir surprise dans ses replis les plus cachés ? Inimitable dans ses défauts mêmes, il l'est surtout dans l'étonnante variété de ses qualités, en apparence, les plus opposées, et qui sont toutes dues à la prodigieuse souplesse de son esprit, comme à la sincérité de son talent.
Ce n'est pas sans raison que, dans sa réponse, l'archevêque de Sens associa l'honnêteté de l'homme au mérite de l'auteur, pour lui en faire un double titre aux suffrages de l'Académie. La loyauté de caractère de Marivaux, l'innocence de ses mœurs et la bonté de son cœur faisaient partie de la valeur de l'écrivain, et, en l'admettant dans son sein, l'illustre Compagnie voulait honorer un confrère qui avait donné le rare exemple d'une vie conforme à la sagesse de sa morale ; qui avait le droit de stigmatiser la dureté des riches, parce que pauvre, il était généreux et bienfaisant ; de démasquer les trahisons des grands, parce qu'il