VII. — DERNIERS ÉCRITS
était fidèle et sûr dans ses amitiés ; de flétrir les faux-dévots, parce qu'il était sincère sans ostentation dans ses croyances. Les vertus qu'il exalte dans ses écrits, il les met en pratique dans sa conduite. Si sa haine profonde de l'hypocrisie et de l'ingratitude lui a inspiré les fortes peintures qui nous rendent ces vices odieux, c'est à sa passion pour tout ce qui est honnête que nous devons ces portraits achevés qui font revivre avec tant de charme les aimables et précieuses qualités qu'ils personnifient.
Heureux l'homme que le contact d'une société railleuse et frivole n'a point atteint dans l'intégrité de ses principes ! Marivaux a souffert dans la paix de sa vie et dans le repos de sa vieillesse, des injustes critiques de ses ennemis, et jamais un mouvement de vengeance ne s'est rencontré sous sa plume ni dans son cœur. C'était une bonne et généreuse nature, fermée à tout sentiment de haine, sensible seulement aux douceurs de l'amitié.
Comme elle l'avait soutenu autrefois et fortifié dans toutes ses épreuves, elle fut encore la consolation et la ressource de ses vieux jours. Pauvre, après une existence des plus laborieuses et des
plus remplies, il eut été humilié dans sa fierté, d'accepter les secours de cette charité brutale, c qui commence par écraser l' amour-propre du malheureux avant que de le soulager. » Mais il avait pour lui des âmes bienfaisantes, et il trouva surtout dans le dévouement d'une vieille amie, Mademoiselle de St-Jean, ces soins ingénieux, ces prévenances délicates, qui lui laissèrent jusqu'au dernier moment l'illusion d'une vie aisée.
Ainsi s'éteignit à soixante-quinze ans cet homme de tant d'esprit, auquel il ne manqua qu'un peu plus de mesure et de goût pour mériter une place parmi les grands écrivains du xvine siècle.