‹ Marivaux, moralisteChapitre 7 sur 122 · MONDE DK MARIVAUX · texte numérisé non relu

MONDE DK MARIVAUX

tères, les mœurs, le langage des personnages qui ont posé devant lui, ne lui en demandons pas davantage ; car il aura mis dans ses peintures ce qu'il y a de plus précieux dans les produits de la pensée, je veux dire, le mouvement, la couleur et la vie.

C'est à ce point de vue que nous voudrions nous placer pour juger Marivaux qui, sans être grand, fut pourtant un écrivain unique, un homme à part dans ses ouvrages comme dans sa vie. Une étude du XVIIIe siècle d'où il serait absent, ne serait pas complète. Il y a des aspects que lui seul a bien vus, pour lui avoir été familiers, et qui ont échappé même à Voltaire, soit qu'il ne les ait pas connus, soit plutôt qu'il les ait trouvés de trop mince importance pour être décrits.

A ce titre, Marivaux va seul, il se distingue entre beaucoup d'écrivains de talent, aujourd'hui oubliés, et il sera nommé quand on ne répétera plus que quelques noms de cette époque où tant d'hommes furent célèbres. C'est que le jugement de la postérité abrège singulièrement l'histoire littéraire. Il ne laisse des auteurs que la parcelle d'immortalité qui se mêle à leurs écrits. Ceux de Marivaux se réduisent aujourd'hui à un petit nom-

bre de jolies comédies, deux romans inachevés et quelques pages éloquentes tombées dans un oubli immérité.

Ce qui fera vivre ces rares épaves d'une œuvre considérable et leur assure un rang distingué dans les lettres, c'est qu'elles ont été écrites sous la dictée du monde, et sont comme un calque brillant et fidèle de l'intérieur des salons du dixhuitième siècle.

Si nous suivons Marivaux dans ce milieu tout parfumé d'un esprit charmant, tout animé d'une fine ironie, nous comprendrons sans peine ce qu'il y eut d'attrait pour sa pensée. Nous le comprendrons mieux encore, si nous étudions l'auteur luimême, tel que la vie l'a fait, avant que la renommée commençât pour lui ; si nous considérons cette âme hésitante et mobile, égarée dans une voie qui n'est pas la sienne, mais qui la cherche avec une indomptable opiniâtreté et qui la trouve enfin, après bien des essais malheureux.

Rien n'est plus instructif que les débuts d'un écrivain original, et quand il s'agit d'un homme comme Marivaux, parvenu à force de volonté à l'honneur de créer une école, sans avoir jamais eu de disciples dignes de lui être comparés, com-

Page 1