II. — JEUNESSE DE MARIVAUX I I
bien alors il devient plus intéressant de rechercher par quelle diversité de chemins, cet auteur est arrivé à se faire un genre à lui, plein de ressources et d'originalité, de bon sens et même d'émotion !
Marivaux entre dans la vie presque au moment j où la corruption et la licence descendaient du trône dans la nation. Le règne des croyances s'éteignait lentement avec le monarque qui les avait disciplinées et protégées ; le règne de la librepensée allait commencer. Cette révolution dans les mœurs, longtemps contenue par le respect du pouvoir absolu, ne pouvait manquer d'agir fortement sur un esprit neuf, doué d'une grande finesse d'observation, et qui devait prendre la société comme le meilleur des livres.
Né à Paris en 1688, c'est à Riom, où il fut emmené dès l'âge de six ans, puis à Limoges, que Marivaux dut faire ses études, études médiocres et « dont l'histoire n'est ni longue ni brillante, » si l'on en croit ses contemporains.
A l'égard de son éducation, nous en serions réduit aussi h des conjectures, si nous n'avions pour nous fixer, le témoignage de toute sa vie, qui fut celle d'un honnête homme, d'un homme sincère et ferme dans ses convictions, également éloigné
de l'ostentation qui les affiche et du respect humain qui n'ose les affirmer. Ame simple, généreuse et fière, à l'épreuve d'une société railleuse qui n'épargne rien, Marivaux reste, par la pureté de ses mœurs, un exemple, par la sagesse de ses principes, une autorité, par l'indépendance de son caractère, une force. Attaché par les souvenirs d'une libre et heureuse enfance, à tout ce qu'un siècle sceptique attaquait, il ne craint pas de se montrer fidèle à ses croyances en face de cet esprit philosophique tout puissant et redoutable qui aspire à détruire presque autant qu'à plaire. Et si nous voulions la preuve de cette fermeté si rare dans un siècle corrompu, nous la trouverions dans ces paroles de d'Alembert, qu'on ne peut guère accuser de partialité en pareille matière.
« Quoique très éloigné de la dévotion, Marivaux l'était encore plus de l'incrédulité. Sa philosophie, pour ainsi dire, littéraire, était très subtile ; sa philosophie religieuse était très simple. On lui demandait un jour ce que c'était que l'âme : « Je sais, répondit-il, qu'elle est spirituelle et immortelle, et n'en sais rien de plus. » — Il faudra le demander, lui dit-on, à M. de Fontenelle. » — « Il a trop d'esprit, répliqua-