LES FRANÇAIS
Nous autres Français, il faut que nous touchions à tout, et nous avons changé tout cela. Vraiment ! nous y entendons plus de finesse, nous sommes bien autrement déliés sur F amour-propre. Estimer ce qui se fait chez nous ! Eh ! où en serait-on, s'il fallait louer ses compatriotes ? Ils seraient trop glorieux, et nous trop humiliés. Non, non ; il ne faut pas donner cet avantage-là à ceux avec qui nous vivons tous les jours, et qu'on peut rencontrer partout. Louons les étrangers, à la bonne heure ; ils ne sont pas là pour en devenir vains ; et au surplus, nous ne les estimons pas plus pour
cela ; nous saurons bien les mépriser, quand nous serons chez eux. Mais pour ceux de notre pays, mirmidons que tout cela.
Voilà votre portrait, messieurs les Français. On ne saurait croire le plaisir qu'un Français sent à dédaigner les meilleurs ouvrages nationaux, et à leur préférer des fariboles venues de loin. Ces gens-là pensent plus que nous, dit-il en parlant des étrangers. Dans le fond, il ne le croit pas ; et s'il s'imagine qu'il le croit, je l'assure qu'il se trompe. Et que croit-il donc ? Rien ; mais c'est qu'il faut que P amour-propre de tout le monde vive. D'abord, il parle des habiles gens de son pays, et tout habiles qu'ils sont, il les juge ; cela lui fait passer un petit moment assez flatteur. Il les humilie ; autre irrévérence qui lui tourne en profondeur de jugement. Qu'ils viennent alors, qu'ils paraissent, ils ne Pétonneront point, il les verra comme d'autres hommes, ils ne défererront point monsieur ; ce sera puissance contre puissance. Quand il met les étrangers au-dessus de son pays, monsieur n'est plus du pays au moins ; c'est l'homme de toute nation, de tout caractère d'esprit ; et, somme totale, il en sait plus que les étrangers mêmes.