MARIVAUX ET WATTEAU
leurs attitudes de ballet et leurs costumes de soies brillantes; ils peuplent cette nature à moitié imaginaire, à moitié vraie, où le peintre a évoqué son rêve de Décaméron galant et de tristesse voluptueuse, tous ces motifs sans cesse interprétés et variés, depuis ses études dans les jardins du Luxembourg, jusqu'à sa retraite dernière à Nogent-sur-Marne, près de ces parcs et de ces châteaux, Ormesson, Gros-Bois, Lagrange, surtout, dont la svelte silhouette, dans sa ceinture de bois, évoque invinciblement des visions de Watteau et de Marivaux. Esprits inquiets, mécontents de la vie et épris de vérité, observateurs indulgents de mœurs souvent très libres, hantés par une évocation intellectuelle ou plastique de fine élégance, tous deux ont mêlé l'observation et la fiction pour en tirer une création sans autre exemple dans la littérature et l'art. A la vérité contemporaine ils ont pris tout ce qu'elle contenait de délicat ou de spirituel, en éliminant tout ce qu'elle offrait de vulgaire ou de grossier; ils y ont joint ce qu'il n'y avait qu'en eux : le sentiment d'une élégance chimérique, que ni la nature, ni la société n'ont jamais réalisé sous une forme aussi séduisante. De cette union est résulté une poésie incomparable, d'un charme unique, mêlée de bonheur et de tristesse, de volupté et de décence; se complétant l'une par l'autre, ils ont créé un monde enchanté où la vérité semble imaginaire, où la fiction semble vraie '.
Marivaux a non seulement sa manière propre de concevoir l'amour, mais encore celle de le faire naître et de le terminer. La plupart des auteurs dramatiques