‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 133 sur 345 · Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte I, se. i · texte numérisé non relu

Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte I, se. i

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lui destine, l'étudier à loisir et peut-être aussi, car elle est femme, trouver dans cette situation piquante un ragoût de coquetterie. Mais, comme il sied dans une comédie, le futur n'est pas moins méfiant et il arrive déguisé en valet. Trompés l'un et l'autre, les deux jeunes gens s'aiment sans le vouloir; situation extrêmement délicate, que Marivaux traite avec un tact dont il n'y a pas un autre exemple au théâtre. Surprise, inquiète, Sylvia jure de se vaincre; elle lutte donc avec un vrai courage, une vraie douleur, contre un sentiment dont elle rougit. Enfin, lorsqu'elle a deviné la ruse, soulagée d'un grand poids, libre de suivre un penchant maîtrisé à grand peine, elle s'écrie : « Ah! je vois clair dans mon cœur '! » Elle avait bien besoin que Bourguignon fût Dorante, mais, entre son amour et son honneur, elle n'eût pas hésité. Rassurée dès lors et, comme le dit son frère, mêlant à tous ses propos la douceur dont son cœur est plein, va-t-elle livrer à son amant le secret d'une situation qu'il prend toujours au sérieux et dont il souffre lui aussi ? Elle préfère continuer l'épreuve : maintenant elle peut être espiègle, coquette et mutine sans danger; surtout elle veut savoir jusqu'à quel point elle est aimée et si Dorante l'eût épousée soubrette. L'amour triomphe; Dorante bravera le préjugé 2 : « Je t'adore, je te respecte, lui dit-il avec une émotion vraie, peu commune chez les amants de Marivaux; il n'est ni rang, ni nais-

\. Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte II, se. xu.

2. Voir à ce sujet, ci après p. 248, n. 1. C'est là proprement qu'est Le nœud de la pièce, qui pourrait s'appeler aussi I > i i ■ n le Préjugé vaincu, comme une autre pièce de Marivaux (voir ci-aprè>. p. 248 et suiv.) que le Jeu de V Amour et du Hasard. Au;.'. Vitu le premier a fait ressortir tout ce qu'il y a de neuf el de hardi dans cette intrigue, et l'a rapprochée du Marquis d>' Vtlleiaer (Le Figaro, 3 juillet 1871 .

sance, ni fortune, qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne. J'aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent! » Sylvia n'a plus rien à désirer, son triomphe est complet : « Enfin, j'en suis venue à bout! Vous... vous ne changerez jamais 4? » Et après cet élan de fierté satisfaite, après cette question pleine d'une douce espérance, voici l'aveu de sa ruse et de son amour : « Oui, Dorante, la même idée de nous connaître nous est venue à tous deux. Après cela, je n'ai plus rien à vous dire; vous m'aimez, je n'en saurais douter; mais, à votre tour, jugez de mes sentiments pour vous, jugez du cas que j'ai fait de votre cœur par la délicatesse avec laquelle j'ai tâché de l'acquérir 2. »

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