‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 208 sur 345 · Ibid., deuxième partie · texte numérisé non relu

Ibid., deuxième partie

de l'aventure, et on prend patience sur le reste !. » Elle est non seulement fîère, mais d'une vanité exigeante et pointilleuse, conséquence naturelle de sa coquetterie. Toujours et de tous elle exige des égards; elle accepte la charité, mais délicate et discrète. Demoiselle de magasin, elle tient à distance les compagnes vulgaires qu'elle est obligée de subir. La prieure d'un couvent, la croyant noble et riche, l'avait d'abord bien accueillie; aussitôt détrompée, elle s'empresse de reconduire ; Marianne souffre beaucoup, non pas tant de voir un asile se fermer devant elle que d'une imperceptible nuance de langage : « Ma pauvre! fait-elle avec dépit, quelle différence de style! Auparavant elle avait dit : ma belle 2! »

Le procédé de narration par lequel est présenté ce personnage de jeune fille, singulier mélange de naïveté et de ruse, de hardiesse et de timidité, permettait à Marivaux de montrer qu'il avait tout deviné dans le cœur féminin, même l'inconscient. L'écueil, c'était de prêter à une jeune fille de seize ans des sentiments au-dessus de son âge et de changer cette ingénue en rouée. Il fallait lui permettre d'analyser sans invraisemblance des pensées et des actions dont elle ne devait pas soupçonner le sens et la portée. Marivaux y parvient en réunissant deux personnes en une seule, grâce à la donnée du roman, très simple, mais très ingénieuse. En effet, il y a dans Marianne deux êtres, inséparables et distincts : d'une part la jeune fille qui cède avec un mélange d'étourderie et de calcul à son désir de plaire; de l'autre, la femme qui se juge à distance avec l'expérience de la vie et

■ 1. La Vie de Marianne, quatrième partie. 2. Iôid., troisième partie.

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