‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 267 sur 345 · L'Indigent philosophe, première feuille · texte numérisé non relu

L'Indigent philosophe, première feuille

2. Le Spectateur français, dix-septième, dix-huitième et dixneuvième feuille, sous le titre de Mémoire de ce que j'ai fait et vu pendant ma vie. Voir ci-après, p. 428.

3. Le Spectateur français, onzième feuille. — On ne sait trop où Marivaux peut avoir pris le sujet de cette histoire, d'une singularité plus orientale qu'européenne. Un jeune seigneur polonais, Mirski, aime Éléonore, demoiselle de grande condition; un événement imprévu empêche leur mariage, et Mirski au désespoir supplie Éléonore de céder à son amour, en attendant que l'obstacle soit levé. Éléonore hésite, mais une suivante lui indique un sur moyen de mettre à l'épreuve la Gdélité de Mirski : « Vous avez chez vous une jeune esclave qui a de l'esprit, et dont le son de voix est le même que le vôtre; nous nous y méprenons tous les jours. Feignez de consentir à ce que Mirski vous propose, mais de ne vouloir accepter sa foi que la nuit; la jeune esclave tiendra votre place, Mirski s'y trompera dans les ténèbres et la croira son épouse. » Si l'amour de Mirski survit à cette satisfaction illusoire, Éléonore pourra croire à la sincérité de son amant. Or, Mirski, dupe de la substitution, se refroidit sensiblement; Éléonore lui apprend par quelle ruse il a été mis à l'épreuve, et il meurt de dépit. On retrouve une donnée du même genre dans le roman de M. Victor Cherbuliez, l'Aventure de Ladislas Dois/ci (1869), dont l'action se passe aussi en Pologne, et d'où l'auteur a tiré une comédie en cinq actes (Vaudeville, 20 janvier 1879).

-i. Le Cabinet du Philosophe, reuille six a onze inclusivement. — Cette histoire, assez, étendue, et conduite jusqu'au bout avec une constance trop rare chez Marivaux, est une de ses meilleure-; études morales. In jeune homme, trompé par son ami et sa maîtresse, s'expatrie- et se lie en pays étranger

nomie ruineuse de sa femme '; dans un genre tout différent, les lettres d'une jeune fille séduite à son amant et à son père 2, d'une jeune femme qui veut rester honnête à l'homme qui veut la séduire 3, d'un père sur l'ingratitude de son fds *, le poignant récit d'une jeune fdle qui lutte contre la misère et résiste au déshonneur 5. On devine, à la seule énumération de ces sujets, quelle souplesse de talent Marivaux a dû y déployer. On s'attendait bien à le retrouver ingénieux et délicat; on n'espérait pas cette éloquence pathétique et véhémente. Enfin, cédant à ce goût de romanesque et de merveilleux dont son théâtre offre tant de marques, il prodigue chemin faisant d'agréables allégories, d'ingénieux contes de fées. Il se promène dans des jardins, qui rappellent celui de Guillaume de Lorris, où fleurit la rose mystique 6, il entre dans les palais enchantés où habitent la beauté et le je ne sais quoi, c'est-à-dire la grâce, plus belle que la beauté 7.

Cependant, malgré ces fantaisies romanesques et

avec un sage qui lui apprend d'abord, par une série de conversations et de lectures, à distinguer la véritable pensée de chacun malgré les artifices de la parole, et qui lui offre ensuite de le conduire dans un pays où les hommes sont incapables de se contrefaire. Or, ce pays est la France; on n'y est pas plus franc qu'autrefois, mais, grâce aux lumières qu'il doit à son ami, le jeune observateur lit sans peine dans les plus secrètes pensées. Mme Em. de Girardin a traité, sans doute d'après Marivaux, un sujet analogue (le Lorgnon, 1831.)

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