‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 276 sur 345 · I. Ci-dessus, p. ion. q · texte numérisé non relu

I. Ci-dessus, p. ion. q

•2. Voir de Goncourt, lu Femme nu xviuc siècle, p. L85 et suiv.

:i. Lu Spectateur français, dixième feuille.

de tenir parole? Eh bien! l'amour est un transport, on ne sait ce qu'on dit quand on aime. Promettre à une fille de l'épouser, si elle se fie à vous, n'est-ce pas lui promettre une impertinence? N'est-ce pas lui dire : Je m'engage h vous prendre pour épouse, quand vous ne le mériterez plus 4?

La séduction fait perdre à la jeune fille, avec l'honneur, toutes les espérances de la vie ; l'adultère n'est guère moins dangereux pour l'épouse. Ici encore Marivaux donne une forme dramatique et directe à la leçon; il la met dans la bouche d'une femme, qui rassemble avec une énergie passionnée tous les motifs capables de la défendre contre la séduction 2.

Il n'avait, en effet, que mépris pour ces amours du siècle dernier, si rapides, si vides et si tristes, affaires d'amour-propre et de mode, dans lesquelles « il n'y avait plus d'amants », mais seulement « des libertins, qui tâchaient de faire des libertines 3 ». Les femmes du monde, dit-il, « ne rougissent pas d'un amant avoué; ce serait rougir à la bourgeoise. De quoi rougissent-elles donc? C'est de n'avoir point d'amant ou de perdre celui qu'elles ont 4 ». Une chose pourtant aurait dû les éclairer : le mépris de ces amants pour elles et la tranquille impudence avec laquelle il les abandonnaient pour d'autres conquêtes :

Ma foi! Madame, dit l'un d'eux, je n'ai pas cru la chose si sérieuse entre vous et moi. Nous nous sommes plu, il est vrai ; vous m'avez fait l'honneur de me trouver de votre goût, vous étiez fort du mien; je vous ai confié mes dispositions, vous m'avez dit les vôtres; nous n'avons jamais l'ait mention d'amour durable. Si vous m'en aviez parlé, je ne demandais pas mieux; mais j'ai regardé vos bontés

Page 1