‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 318 sur 345 · Le Cabinet du Philosophe, sixième feuille · texte numérisé non relu

Le Cabinet du Philosophe, sixième feuille

de plus en plus nécessaire à mesure que l'humanité et les littératures avancent en âge. Car, à moins de se répéter (oujours, l'observation morale est obligée de creuser toujours plus profond dans le cœur humain et de s'enfoncer plus avant dans l'extrême complication de la nature humaine. L'art dramatique, le roman, la morale ne sauraient s'en tenir à ces traits simples et généraux dont la peinture suffît à la jeunesse des littératures. Racine est plus fin qu'Euripide, La Bruyère que Théophraste, J.-J. Rousseau que Longus. A cette transformation nécessaire, l'art perd en simplicité; il y gagne en étendue et en profondeur *.

Mais il faut que la finesse ne soit affectée ni déplacée. Accordons à Marivaux que son style est toujours en parfait rapport avec sa pensée; mais faisons nos réserves sur celle-ci, trop souvent raffinée et maniérée. Il a beau choisir les termes qui « conviennent exactement au degré de finesse qu'il a dans l'esprit » ; ce degré n'est pas en rapport exact avec les choses. Il a beau dire « qu'il y a un certain degré de finesse au delà duquel on n'est plus senti », que « dans ce monde, en fait d'esprit, on confond deux sortes d'hommes, l'homme qui tâche d'être fin, et l'homme qui l'est naturellement » ; qu'« il faut avoir de bons yeux pour distinguer la finesse du raffinement », et qu'il « n'a guère vu de gens qui ne prissent l'un pour l'autre 2 ». La majorité des lecteurs n'a pas l'esprit aussi obtus qu'il veut bien le dire, et il n'est ni très habile ni très juste de la part d'un auteur d'accuser ainsi, par avance, d'insuffisance d'esprit ceux dont il brigue les suffrages. Le plus

1. Voir cette théorie développée par Doudan avec sa finesse habituelle, Pensées et fragments, p. 3.

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