MARIVAUX DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. S
même de lui être comparé? Que l'on suppose la littérature française privée des comédies de Regnard et des tragédies de Voltaire; certes, elle manquerait d'oeuvres excellentes à divers titres, mais notre patrimoine littéraire en serait-il bien diminué? Y aurait-il une large et profonde lacune dans notre répertoire dramatique? Disparaitrait-il avec elles quelque chose d'irréparable et d'essentiel? On n'oserait l'affirmer. Enlevez, au contraire, le théâtre de Marivaux; vous mutilerez non seulement la littérature française, mais l'esprit français; celle-là sera dépouillée d'un genre unique et charmant, celui-ci d'une fleur d'élégance, de poésie, de délicatesse '.
Marivaux est donc un créateur, puisque aucun de nos auteurs dramatiques ne pourrait tenir sa place, et aucun de nos chefs-d'œuvre comiques nous dédommager des Fausses Confidences et du Jeu de l'Amour et du Hasard. Or, les génies créateurs ont une place à part, au-dessus de tous les autres écrivains. Mais, dira-t-bn, Marivaux n'a créé qu'un genre inférieur, il n'a pas créé la tragédie même comme Corneille et Racine, la haute comédie comme Molière. Si les seuls écrivains comparables à Corneille, Racine et Molière sont de grands auteurs, le nombre de ceux-ci est bien restreint. On peut être de leur famille sans être L'égal de tous. C'est le cas de Marivaux. Il vient, sans contredit, après les trois grands classiques du théâtre français, mais immédiatement après eux.
« Fontenelle, disait Piron, a engendré Marivaux, Marivaux a engendré Moncrif, Moncrif n'engendrera