‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 106 sur 360 · L'abbé Trublet, Mémoires, p · texte numérisé non relu

L'abbé Trublet, Mémoires, p

2. « Fontenelle, dit Villemain, avait lui-même appliqué à la comédie le mélange de familiarité coquette et de finesse qui caractérise sa manière habituelle. Ses pièces de théâtre, qu'on

458 l'auteur dramatique.

La différence entre Marivaux et La Motte n'est pas moins frappante. La Motte, auteur tragique applaudi, souvent à juste titre, n'a que des échecs avec ses comédies, et, sur ce môme Théâtre - Italien où Marivaux devait exceller, il saisit si mal, dans ses Originaux, le genre particulier de la comédie de mœurs, que, sifûé outrageusement, il se fait trappiste, pendant six mois, de désespoir et de honte. Dans tout ce qu'il écrit, La Motte, malgré beaucoup de talent, est sec, pénible et tendu; Marivaux, s'il tombe parfois dans la recherche, ne connaît jamais l'effort. La Motte passe sa vie à imiter, tantôt Homère, tantôt Racine, tantôt La Fontaine et cela le plus sérieusement du monde, avec la prétention affichée de faire ou mieux ou autrement que ses modèles; Marivaux, après quelques essais de parodie, renonce pour toujours à imiter qui que ce soit; il est si parfaitement original qu'on l'accuse de ne ressembler à personne. Gomme pour Fontenelle, l'opposition de caractère est complète entre Marivaux et La Motte. Celui-ci, par une contradiction singulière, naturellement doux, aimable, sans rancune, cherche dispute à tout le monde et bataille sans relâche, contre Mme Dacier, contre J.-B. Rousseau, contre le parti des Anciens; Marivaux, très bon lui aussi, mais d'amour-propre difficile et d'humeur

ne lit plus, ont, pour le tour du dialogue, la subtilité des sentiments et la recherche de la naïveté maligne, un air de parenté avec le théâtre de Marivaux. H y manque l'intrigue, et cette invention de scène, qui soutient l'attention du spectateur. •• (Littérature au xviii» siècle, treizième leçon.) Il est impossible de découvrir entre ces deux théâtres la ressemblance qu'y trouve Villemain. Les comédies de Fontenelle ressembleraient plutôt aux drames bourgeois de Marivaux (voir ci-après, chap. v). D'Alembert institue (p. 594) un excellent parallèle entre le genre d'esprit des deux écrivains et conclut à une différence complète.

inquiète, se fait un principe de n'attaquer personne, laisse passer sans se défendre les agressions dont il est l'objet, et cependant, à toutes ses tentatives, semble en butte à des haines impitoyables, qui ne perdent aucune occasion de s'affirmer; tandis que La Motte, après une existence de luttes, ne trouve enfin que des amis et désarme sans effort les adversaires les plus acharnés '.

Marivaux renonça donc volontairement aux avantages que ii mitât ion peut donner à un jeune auteur : la facilité des débuts, la certitude d'être soutenu dans les premières tentatives, toujours si difficiles, l'appui intéressé des auteurs à la mode, qui protègent volontiers les jeunes gens, tant qu'ils peuvent voir en eux des disciples et non des rivaux. Il préférait, disait-il, « être humblement assis sur le dernier banc dans la petite troupe des auteurs originaux, qu'orgueilleusement placé à la première ligne dans le nombreux bétail des singes littéraires * ». Le point de vue auquel il se place pour étudier à son tour le cœur humain, la manière dont il représente les mœurs de son temps, le cadre de ses tableaux, son style, tout lui. appartient par droit de création.

Il semble cependant qu'après Molière et Regnard

i. Fontenelle était le premier à protester contre cette prétendue imitation de lui-même. De môme La Motte. Nous avons à ce sujet le témoignage très bien informé de l'abbé Trublet : « On a mis M. de Marivaux... au nombre des imitateurs de M. de Fontenelle. Je suis bien éloigné de penser ainsi, et M. de Fontenelle lui-même ne le pensait pas. 11 regardait M. de Marivaux non seulement comme un homme de beaucoup d'esprit, mais comme un esprit original, un homme de génie; comme celui de tous nos bons écrivains peut-être dont le caractère et la manière de penser et d'écrire sont le plus à lui, et lui appartiennent le plus en propre; et, en conséquence, il était, avec M. de La Motte, un de ses plus grands admirateurs. (Mémoires, p. 210.)

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