MARIVAUX ET RICHARDSON
struire, de donner des préceptes et des exemples de morale pratique, n'évitant pas toujours le pédantisme et l'emphase, parfois ennuyeux.
Cependant, il est visible que Richardson a pris dans la Vie de Marianne l'idée et le caractère principal de Paméla. Qu'est-ce que Marianne? L'histoire d'une jeune fille évitant à force d'énergie et de droiture les pièges qui lui sont tendus. Qu'est-ce que Paméla? Le sous-titre du roman anglais nous l'apprend tout de suite : « la vertu récompensée ». Mais, si le point de départ et le point d'arrivée sont les mêmes, les incidents de la route diffèrent du tout au tout. Autant Marianne est fine, spirituelle, rusée même, fière de sa beauté et sûre de son pouvoir, révoltée contre la mauvaise fortune, admirablement armée pour la lutte, autant Paméla est naïve et modeste, ignorante de son charme, désarmée contre la persécution. C'est que l'une est française, l'autre anglaise. La première appartient à une société où les femmes sont reines par leur beauté et leur esprit, habituées à l'adulation avant et après le mariage; la seconde, élevée dans la dépendance et pour la dépendance, considère les hommes comme des êtres supé * rieurs, à qui la religion, les mœurs, la loi donnent tous les droits. Marianne, trompée par Valville, s'indigne et le confond; elle écrase de son mépris M. de Climal, qui veut la séduire. Paméla, en butte à une tentative du même genre, s'écrie avec un étonnement douloureux : « Le gentleman s'est rabaissé jusqu'à prendre des libertés avec sa pauvre servante M » Lorsque Marianne, orpheline abandonnée, se voit à la veille de devenir marquise par le mariage, tout, dans son attitude, dans ses paroles, dans ses élans