LA NOBLESSE
vivre dans un pauvre logement f. Là, privée de secours, elle se voit encore chassée, et meurt de misère dans une chambre d'auberge, où la charité d'une inconnue l'a recueillie. Le marquis d'Arcire, cependant, n'est pas foncièrement mauvais; sa conduite parricide n'a pour cause qu'un défaut : lui aussi est un faible *; il obéit à. la volonté de sa femme, impérieuse et égoïste. Ces femmes de la noblesse sont l'objet, de la part de Marivaux romancier, d'une hostilité singulière ; sauf deux exceptions, il les représente à peu près comme dans son théâtre il représentait les mères, vaines, d'esprit étroit, souvent sans mœurs ou sans cœur'. Sans cœur sont Mme et Mlle de Fare, qui, après avoir reçu avec empressement la pauvre Marianne, la chassent presque dès qu'elles ont appris le secret de son origine *; Mlle Yarthon, la fausse ingénue; la parente de Valville, acharnée contre Marianne *; les deux tantes de Mlle de Tervire, impitoyables par avarice. Sans mœurs sont Mme de Ferval et Mme de Fécour. Elles représentent cette « débauche crue », voilée d'hypocrisie ou scandaleusement étalée , que Marivaux n'avait point voulu mettre à la scène, mais qu'il ne craignit pas de représenter dans le roman. Cette plaie du xvme siècle, il la dévoile sans ménagements.
1. Voir, dans le Spectateur français, quatorzième feuille, la lettre d'un père victime d'une pareille erreur, et ci-après, quatrième partie, chap. i.
2. Voir le chapitre de H. Taine sur l'éducation de l'ancienne noblesse et le caractère qui en résultait {les Origines de la France contemporaine, 1. 1, livre II, chap. m, 3).
• '3. Voir, dans les Pièces détachées, la Deuxième lettre à madame **% contenant des réflexions sur les femmes de qua~ lité.