‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 269 sur 360 · LE MINISTRE · texte numérisé non relu

LE MINISTRE

tude, il n'attaque pas directement l'abus dont il parle ; il lui suffît, pour le rendre odieux, de le représenter tel qu'il est; de cette manière, sans faire un appel direct à l'indignation, il la fait naître aisément. Mais, grande est notre surprise, lorsque, arrivés chez le ministre avec Marianne, au lieu de trouver l'homme que nous attendions, l'instrument naturel d'une telle injustice, nous nous voyons e n présence d'un véritable homme d'État, juste et bon, prompt à confondre les persécuteurs et à rassurer la victime.

C'est que, au moment où Marivaux écrivait la sixième partie de Marianne, la France, délivrée du cardinal Dubois et du duc de Bourbon, respirait enfin sous un ministre honnête homme, le doux, humain et nullement tyrannique cardinal de Fleury. Une administration économe et laborieuse réparait les pilleries des derniers ministères. Certes, on eût voulu plus d'initiative, des vues plus larges, des réformes plus hardies; après tant d'agitations, cette tranquillité paraissait un peu somnolente; le système était tout d'expédients , de temporisation , de conservation timide. Mais, après une fièvre ardente, c'était la convalescence ; le régime doux auquel Fleury soumettait la France était, à tout prendre, le mieux approprié à son état. Aussi, ramenée sans secousses à une santé relative, elle trouvera, après ce ministère réparateur, comme un regain d'énergie; cinq années actives et guerrières, marquées par les victoires de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld, donneront à la monarchie ses derniers jours de gloire.

Comme la plupart des bons esprits du temps \ Marivaux éprouva pour le cardinal, sinon de l'admi-

1. Pour les jugements contemporains du ministre, voir Aube r tin, l'Esprit public au xvm* siècle, deuxième époque, chapitre m, notamment p. 238.

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