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ration, au moins une sincère estime. Il exprima ce sentiment daus un beau portrait, un peu flatté d'ensemble, mais juste et vrai dans ses lignes essentielles, l'un des meilleurs qu'il ait tracés, plus court, moins minutieux que tant d'autres, et, par suite, moins confus. En voici les principaux passages :
Il gouvernait à la manière des sages, dont la conduite est douce, simple et sans faste et désintéressée pour euxmêmes ; qui songent à être utiles, et jamais à être vantés ; qui font de grandes actions dans la seule pensée que les autres en ont besoin, et non pas à cause qu'il est glorieux de les avoir faites. Ils n'avertissent point qu'ils seront habiles, ils se contentent de l'être, et ne remarquent pas même qu'ils l'ont été *.... Fallait-il surmonter des difficultés presque insurmontables; remédier à tel inconvénient presque sans remède; procurer une gloire, un avantage, un bien nécessaire à l'Etat ; rendre traitable un ennemi qui l'attaquait, et que sa douceur, que l'embarras des temps où il se trouvait ou que la modestie de son ministère abusait, il faisait tout cela, mais aussi discrètement, aussi uniment, avec aussi peu d'agitation qu'il faisait tout le reste. C'étaient des mesures si paisibles, si imperceptibles, il se souciait si peu de vous préparer à toute l'estime qu'il allait mériter, qu'on eût pu oublier de le louer, malgré toutes ses actions louables. C'était comme un père de famille qui veille au bien, au repos étala considération de ses enfants; qui les rend heureux sans leur vanter les soins qu'il se donne pour cela, parce qu'il n'a que faire de leur éloge; les enfants, de leur côté, n'y prennent pas trop garde, mais ils l'aiment * .
On ne peut attendre d'un tel homme, bientôt édifié
1. Marivaux vient de dire des grands ministres qui ont précédé le cardinal : « C'étaient de grands hommes, mais qui, durant leur ministère, avaient eu soin de tenir les esprits attentifs à leurs actions, et de paraître toujours suspects d'une profonde politique. »
2. La Vie de Marianne, sixième partie. — Comp. le protrait très étudié que M. Aubertin trace du cardinal de Fleury (V Esprit public au xvnr siècle, p. 236 et suiv.).