‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 271 sur 360 · LE ROMAN ET L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

LE ROMAN ET L'HISTOIRE

sur l'innocence de Marianne, qu'une mise en liberté immédiate; il l'ordonne en effet.

J'ai déjà eu l'occasion d'observer qu'un historien de la société française au xvme siècle aurait tort de négliger les nombreux portraits disséminés à travers les romans de Marivaux. Les romans euxmêmes, considérés dans leur ensemble, offrent un intérêt du même genre. Écrits par un observateur d'une rare sagacité, ils éclairent d'une vive lumière la connaissance des mœurs françaises dans la première moitié du xvni0 siècle. Ils y sont un guide sûr, car ils ne sont ni optimistes, ni pessimistes, ne forcent pas les couleurs et présentent plutôt des ensembles que des exceptions de détail.

A ce point de vue, ils complètent le théâtre de Marivaux. Dans ses comédies, il a idéalisé et embelli les mœurs de son temps; il les a faites plus pures plus élégantes, plus aimables qu'elles n'étaient en réalité. Tandis que Molière, Regnard et Le Sage représentaient leurs contemporains avec une exactitude sans flatterie, il peignait dans un goût de fantaisie indulgente. Dans le roman, il a changé de manière : sans crudité de couleurs, sans grossissement, sans recherche du laid pour le laid, il a donné la première place à l'observation. Il faut parfois se défier des romanciers comme peintres de mœurs; Marivaux est un de ceux qui méritent le moins qu'on suspecte leur clairvoyance et leur exactitude.

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