‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 131 sur 346 · MARIVAUX ET MÉNANDRE · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET MÉNANDRE

que celui de ses passions. Or, quelle passion plus puissante et plus universelle que rameur? Il devint donc la passion dominante au théâtre, et, avec lui, les femmes prirent et gardèrent le premier rôle. Même évolution dans le théâtre français. Après Corneille, qui faisait naître Tintérêt dramatique de l'admiration et de la terreur, et qui, en quelque sorte, écrasait l'amour par la comparaison des sentiments avec lesquels il le mettait aux prises — honneur chevaleresque, patriotisme, enthousiasme religieux — Racine donne aux passions amoureuses la même importance qu'aux plus grands sentiments de l'âme humaine et les met aux prises avec ceux-ci sur un pied d'égalité; bien plus, il fait de l'amour le ressort principal de son drame, le maître souverain de ses personnages.

Ménandre après Euripide S Marivaux après Racine font subir à la comédie une transformation du même genre. Avec eux l'amou^omique n'est plus seulement un moyen commode pour imaginer une intrigue et dérouler une action, un sentiment utile servant de lien et de prétexte à des sentiments plus intéressants et plus forts, mais la cause même et le but de toute conception dramatique, celui qui inspire tout, auquel tout est subordonné, dont tout porte la marque, qui donne à tout le mouvement de la vie/Par suite, les femmes, dont l'amour est le grand mobile et qui ne s'intéressent guère qu'à lui, entrent en maîtresses dans la comédie; le principal objet du poète est de les bien connaître, de pénétrer le secret de leurs sentiments, de déchiffrer les énigmes que ces sphinx

1. Voir, sur ce caractère de la comédie grecque chez Ménandre, Guillaume Guizot, Ménandre, étude sur la comédie el la société grecque, notamment chap. iv et vu, et Ch. Benoit, Essai sur la comédie de Ménandre, ch. iv.

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inquiétants ne cessent de proposer. Pour avoir ainsi comi)ris le tliéàtre, Ménandre a transformé la comédie g-recque, et, tout mutilé qu'il est, ses moindres fragments, cette « poussière du marbre brisé », comme disait Yillemain ', inspirent une admiration pleine de regrets; pour les mêmes raisons, Marivaux, malgré ses défauts et ses faiblesses, est un des maîtres de notre théâtre; seul, ou à peu près, entre les auteurs comiques de son temps, il conserve des spectateurs et ses pièces ne sont pas ensevelies dans les oubliettes du livre. Il n'y a pas lieu d'instituer entre Ménandre et lui un parallèle qui accuserait autant de différences que de ressemblances; mais il convient de dire qu'il y a chez l'un et chez l'autre la même science psychologique , la même connaissance du cœur des femmes, qu^s sont tous deux polis et tempérés, moyens, au meilleur sens du mot, que chacun d'eux possède au souverain degré l'élégance propre de son pays et de son temps, un art délicat, plein de ressources et do nuances; qu'ils plaisent par une sorte de grâce souriante, naturelle chez l'un, comme la beauté antique, voulue chez l'autre, comnu' la beauté minaudière du xvup siècle.

Ainsi, les femmes ont de grandes obligations à Marivaux; nuiis, en revanche, comme elles le déhuidcnt victorieusement contre le reproche de ressemblance monotone» adressé à ses personnages! C'est, en etl'et. nue galei-ie de figures toujoui-s nouvelles qnv celles des femmes de Marivaux, ilepuis la veuve, de tous ses personnages le plus amoureusement traité, jusqu'à l'ingénue, créatures à demi vraies, ;i demi factices, portraits dont on n'a jamais vu les modèles, nuiis qu'on veut ei-oii'e ressemblants. Comme elles sédui---

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