‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 132 sur 346 · LES AMOUREUSES · texte numérisé non relu

LES AMOUREUSES

senl malgré leurs défauts! Je regrettais tout à l'heure le maniéré des rôles d'amoureux; certes, le naturel n'est pas toujours ce qui distingue ses rôles de femmes, mais ce qui nous déplaisait alors nous ravit maintenant. N'y a-t-il pas chez toute femme, si droite qu'elle soit, un peu de complication et d'apprêt, surtout lorsque l'amour se met de la partie? Ce mélange d'émotion et de raillerie, de tendresse et de persiflage, de franchise et d'astuce, de mélancolie et de gaieté, est le charme le plus vif du théâtre de Marivaux '.

C'est la coquette que Marivaux peint le plus volontiers et avec le plus de bonheur; à vrai dire, il voit toutes les femmes plus ou moins coquettes : « Notre vanité et notre coquetterie, dit la franche Lucile, voilà les deux plus grandes sources de nos passions '. » Elles peuvent être naïves et vraies : la coquetterie ne leur est jamais étrangère; elle est au fond de tous leurs sentiments, même ceux qui en paraissent le plus dégagés, « partout, à toute heure, en tout lieu ». (( Madame se tait, madame parle; elle regarde, elle est triste, elle est gaie; silence, discours, regards, tristesse et joie, c'est tout un; il n'y a que la couleur de différente; c'est vanité muette, contente ou fâchée; c'est coquetterie babillarde, jalouse ou curieuse; c'est Madame toujours vaine et coquette, l'un après l'autre ou toutes les deux à la fois '\ » Quel est le plus grand chagrin qu'on puisse leur causer? C'est de ne pas les croire irrésistibles. Une veuve a juré d'être inconsolable; il lui faut pourtant des adorateurs, qu'elle aura

1. Voir un apen^u analogue dans lo travail, déjà cité, de M. Brunctière, /a Comédie de Marivaux, p. Ujl et suiv.

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