‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 152 sur 346 · LES MERES; LEUR RUDESSE · texte numérisé non relu

LES MERES; LEUR RUDESSE

Ils ne méritent qu'un reproche ces pères si aimables, c'est de pousser parfois la bonté trop loin; il arrive que leurs filles en abusent et leur manquent de respect. Dans une scène de folie simulée, qui rappelle la plus joyeuse fantaisie de Regnard \ M. Argante poussé à bout par les extravagances voulues de sa fille s'écrie : « Je vous montrerai que je suis votre père! » Et Mlle Argante de répondre : « Je n'en ai jamais douté; je vous dispense de la preuve, tranquillisez-vous *. » Ici Marivaux a forcé le ton; la plaisanterie est tout à fait choquante chez une jeune fille.

Mais, si Marivaux a représenté les pères toujours bons, parfois débonnaires, comme il s'est dédommagé avec les mères! Celles-ci sont presque toutes grondeuses et revêches, cupides et vaines. Sous le nom commun de Mme Argante, elles tiennent plutôt de la caricature qiie de l'observation; comme le traître dans les mélodrames modernes, elles semblent uniquement destinées à faire valoir les qualités aimables des autres personnages et à rendre leurs filles encore plus sympathiques. Quant à leurs maris, il n'en est pas question; elles sont veuves, comme si un homme n'avait d'autre sort possible avec elles que de mourir au plus tôt. Dans les Fausses Confidences^ Mme Argante n'a conservé de relations avec sa fille, désormais maîtresse d'elle-même, que pour la tracasser et lui jeter à la tête le triste et plaintif comte Dorimont, à qui la qualité doit tenir lieu de tout. Dans l'École des Mères, elle réussit à mériter l'aversion de sa fille, et jamais l'autorité maternelle ne parla plus aigre langage que par la bouche de

Essai sur la comédie de Ménandve, chap. v, p. 'i~ et suiv., et G. Guizot, Mênandre, chap. vu, p. 29 et suiv.

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