‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 175 sur 346 · Voir ci-après, Appendice · texte numérisé non relu

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térèt moral, elle a aussi un intérêt dramatique. A ce double titre, elle est une des meilleures du théâtre de Marivaux. Révoltés contre leurs maîtres, les esclaves de la Grèce se sont réfugiés dans une île ignorée; lorsque la tempête jette chez eux des Grecs de condition libre, ils se vengent des injustices passées en leur donnant pour maîtres leurs esclaves. De cette donnée, Marivaux a tiré quelques scènes excellentes. Une des meilleures est celle où la suivante Cléanthis, chargée par le magistrat de lîle, Trivelin, de détailler les défauts de sa maîtresse Euphrosine, fait de la coquette un portrait d'une vérité impitoyable '. Charmante aussi la scène où Cléanthis et Arlequin, devenus maître et maîtresse, s'efforcent d'imiter les grâces du beau monde; on dirait que Marivaux a voulu s'y parodier lui-même ^. Sainte- Beuve appelle l'Ile dos Esclaves <( les saturnales de l'âge d'or )>; « c'est presque à l'avance, dit-il, une bergerie révolutionnaire de 1792 ^ » Mais le dénouement n'a rien de sanguinaire; tout le monde s'embrasse et pleure; maîtres et valets reconnaissent leurs torts réciproques, sur cette réflexion dans laquelle Marivaux parle en 17:25, plus sincèrement qu'on ne le fera plus tard, ce langage « sensible » que la fin du siècle mettra si fort à la mode : « Il s'agit de pardonner, et, pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous ])lait? Riche? non; noble? non; grand seigneur? p(Mnt du tout.... 11 faut avoir le co'ur bon, de la vertu et de la raison; voilà ce qu'il faut, voilà ce ([ui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre '*. »

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