‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 231 sur 346 · L ANCIENNE BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

L ANCIENNE BOURGEOISIE

séquent charmante à voir '. » Dans sa requête au financier elle est admirable de convenance et de douleur contenue.

Mme d'Orville représente le dévouement et la fidélité dans le mariage. Bien différente de cette douce et mélancolique figure, Mme Dursan personnifie, avec une sorte d'àpreté farouche et de grandeur austère, une autre vertu, dont la noblesse revendiquait à tort le monopole : la fierté légitime du nom et l'autorité dans la famille. Veuve, abandonnée par un fils qui l'a volée pour contracter une mésalliance honteuse, elle vit seule depuis vingt ans et tient pour mort ce fils indigne. Elle ressent d'autant plus l'amertume de sa solitude, qu'elle cache ses souffrances avec un héroïsme stoïque. Un jour vient pour les mères où les griefs les plus légitimes s'oublient, où elles veulent revoir, avant de mourir, le fils ingrat et lui pardonner : Mme Dursan ne mollit point. Sentant sa fin prochaine, elle fait son testament : « Je n'ai plus de fils, dit-elle; depuis près de vingt ans qu'on n'a entendu parler du mien, je le crois mort, et, quand il vivrait, ce serait la même chose pour moi, non ([ue j'aie encore aucun ressentiment contre lui; s'il vit, je prie Dieu de le bénir et de le rendre honnête homme ; mais ni l'honneur de la religion, ni les bonnes mœurs qu'il a violées, ne me permettent de lui laisser mon bien.... Ce n'est point par humeur que je suis inflexible; il n'est pas question ici de bonté, mais d'une indulgence folle et criminelle qui nuirait à l'ordre et à la justice humaine et divine ^ » Il faut, pour la fléchir, qu'un pieux stratagème introduise chez elle, sous un nom supposé, son

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