‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 61 sur 346 · MARIVAUX ET LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET LA CRITIQUE

Je ne suis pas surpris, disait-il, qu'il y ait des gens qui critiquent impoliment, malhonnêtement, injurieusement, et qui aient recours à ce moyen honteux pour donner quelque débit à leurs livres; il y a de mauvais sujets dans tous les métiers, si métier peu se dire ici. Ce qui me surprend, c'est que les approbateurs puissent accorder un passe-port aux insultes de ces gens-là, et les laisser maltraiter d'honnêtes gens, qu'une critique, de quelque part qu'elle vint, honorerait toujours, si elle était décente, et qui, à défaut de tout autre mérite, ont cela du moins de respectable, qu'ils n'ont jamais eu de l'esprit contre personne, tout aisé peut-être qu'il leur serait d'en avoir, même du plus cruel, sans impolitesse, si le plaisir de faire du bruit aux dépens des auti'es pouvait être du goût d'un honnête homme.... Et ces insultes, d'où arriventelles jusqu'à la personne sur qui elles tombent? De l'endroit même par où doivent passer toutes les critiques, pour être purgées de ce qui peut blesser l'honnêteté; en un mot, de chez l'approbateur, de chez celui à qui la loi a contié le soin de vous garantir de toute offense à cet égard *.

Pour les critiques dirigées contre ses œuvres, il les traitait comme celles qui visaient sa personne : il ne répondait jamais; et, surtout, jamais il ne tentait une apologie personnelle. A peine, de loin en loin, un court avertissement en tête de ses pièces ou de ses romans ^. Personne moins que lui n'abusa de ce genre de préfaces, où, sous prétexte d'expliquer au public ce qu'il n'a pas bien compris, les auteurs démontrent avec conviction leur propre excellence. En revanche, lorsqu'il eut à sa disposition des journaux dont il était le maître, puisqu'il les rédigeait seul, il se contenta d'exposer, sans application à ses propres ouvrages, la manière dont il entendait l'art d'observer et d'écrire.

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