MiV/., septième feuille
premier qui ait observé les hommes dans ce goût de réflexion et de philosophie ; d'autres pouiTaient peut-être lui servir, sinon de modèles, au moins de guides. Il se gardera bien de les imiter, car il ne reconnaît de modèles dans aucun temps et dans aucune littérature ^ non par orgueil, mais par désir et volonté d*étre naturel; or, pour lui, € être naturel, ce n'est pas écrire dans le goût de tel ou tel, ce n'est pas se mouler sur personne quant à la forme de ses idées, mais, au contraire, se ressembler fidèlement à soi-même, et ne pas se départir ni du tour, ni du caractère d'idées pour qui la nature nous a donné vocation'. >
Il a aussi le plus grand désir d*étre naturel et vrai dans son style. Il n'aime pas celui des auteurs et l'on sait qu'il veut éive auteur le moins possible : « Ils en ont un qui leur est particulier ; on-n'écrit preskiue jamais comme on parle ; la composition donne un aulre tour à l'esprit ; c'est partout un goût d'idées pensées et réfléchies^. > II veut rompre avec ces habitudes de composition étudiée : « c'est la nature, c'est le ton de la conversation qu'il essayera de prendre ; > il s'efforcera € de saisir la tournure des idées familières et variées qui y viennent. » Ce ton, si différent selon lui du style auquel le théâtre a depuis longtemps habitué le public, ce ton plaira peut-être c comme singulier; » il voudrait qu'il plût « comme naturel; » on aurait tort d'y trouver trop d'esprit, de flnesse, de recherche : c entre gens d'esprit, les conversations dans le monde sont plus vives qu'on ne pense, et tout ce qu'un auteur peut faire pour les imiter, n'approchera jamais du feu et de la naïveté fine et subtile qu'ils y mettent^. » / Marivaux se propose donc de représenter sous des couleurs [ vraies le monde au milieu duquel il vit, de le faire agir et parler dans la reproduction exacte de son langage et de ses actions. Mais ce monde est celui de la Régence ; n'y a-t-il point
1. D'Alembert, p. 602, n. 2 : u Marivaux no reconnaissait en aucun genre, eu aucune nation, en aucun siècle, ni maître, ni modèle, ni héros (!) et disfdt quelquefois en plaisantant sur ce sujet :
4e ne «ers ni Baal, ni le Diea d'braël. »