‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 107 sur 445 · D'Alembert, p · texte numérisé non relu

D'Alembert, p

3. tt Ce sont des chicanes de cœur qu'ils se font, c'est une guerre d'escarmouche morale. » {Cayseries du iMndi^ t. IX, p. 371.) On sont aussi des

MARIVAUX. \t

178 L'AUTEUR DKAMATIQUE.

cherche^ au fond des replis du cœur les plus déliés, le germe imperceptible : c J'ai guetté, disait-il, dans le cœur humain, toutes les niches différentes où peut se cacher Tamour, lorsqu'il craint de se montrer, et chacune de mes comédies a pour objet de le fake sortir d'une de ces niches ^ » En effet, il le produit à la lumière, tout confus d'exister, d'autant plus inquiet qu'il est plus convaincu de sa propre existence.

Tantôt cet amour sournois ruse et manœuvre pour s'éclairer, jusqu'au moment où, ne pouvant plus feindre ni avec luimême, ni avec autrui, il termine par un aveu désespéré un malentendu qu'il prolongeait sans le savoir :Gci les deux^ amants luttaient et contre eux-mêmes et l'un contre l'autre: ils déguisaient leur cœur, leur langage, jusqu'à leur condition et à leur costume^Àilleurs, craignant de blesser par un aveu qu'il ne sait pas attendu avec impatience, il le retient jusqu'à ce qu'il lui soit arraché, et tout le nœud de l'intrigue est dans celte réserve, d'autant plus obstinée qu'elle est plus combattue : ici, par un contraste unique peut-être, et d'un effet bien original, les rôles habituels sont renversés : l'amant, qui devrait » être hardi en vertu de son sexe, tremble devant la déclaration ; l'amante, condamnée à faire les premiers pas, triomphe par d'ingénieuses avances de sa propre réserve et des hésitations d'un amant trop respectueux^. Nous le voyons encore, par exchicanes de mots. Us n'aiment rien tant qu*er^oter sur les termes, avec une sorte de pédautisme sémillant et joli. — Ainsi : (c La comtesse. Fiez-vous à moi ; je suis généreuse^ je vous ferai peut-être grâce. — Le chevalier. Rayez le peut-être ; ce que vous dites en sera plus doux. — La comtesse. Laissonsle; il n'est peut-être là que par bienséance. — Le chevalier. Le voilà un peu mieux placé, par exemple. — La comtesse. C'est que j'ai voulu vous raccommoder avec lui. » (La Fausse Suivantey II, vin.) Etencore : «< Damis. Je n'en sais rien ; nous verrons. — LuciLE. Le prenez-vous sur ce ton-là, monsieur? 6li I j'en dirai bien autant; je n'en sais rien, et nous verrons. — Damis. Mais oui, madame, nous verrous; je n'y sache que cela moi. Que puis-je répondre de mieux? — Lucile. Quelque chose de plus net, de plus po&itif, de plus clair; nous verrons ne signifie rien. » (Les Serments indiscretSy II, viii.) — £t, dans la même scène : « VouJ riez* vous bien supprimer votre qui est-ce qui croira^ qui n'est pas de mpn goût ? » Etc.

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