La première Surptise de P Amour
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mutuels dépens, la vanité blessée les irrite et les sépare ^ Voici un amour tranquille et conBant, trop tranquille môme, *car il s'endort dans une quiétudequi le conduit insensiblement àTindilTérence; mais Tamour-propre lui fait craindre une rivalité : il se ranime aussitôt, plus ardent que jamais '. Une mère a élevé sa fille avec une rigueur excessive ; elle Ta rendue docile et soumise, incapable en apparence d'une velléité de rébellion, elle va la marier à un vieillard, et la victime n'essave même pas de résister. Mais Tamour-propre s'éveille chez cette jeune fille, fière quoique timide , elle s'indigne qu'on dispose ainsi d'elle-même sans la consulter, et elle puise dans sa dignité blessée, le courage de se laisser aimer et d'aimer à son tour^.
Comment imaginer des situations intéressantes et créer des
(personnages vivants avec des éléments aussi simples et des combinaisons de sentiments aussi uniformes ? C'est pourtant de celte simplicité même que Marivaux fait natlre l'intérêt; c'est grâce à elle qu'il mérite une place à part, et que, dans la nombreuse famille des auteurs dramatiques, il se distingue par une physionomie originale.
Puisque les obstacles à Tamour ne viennent pas du dehors,
1. Les Sincères, — Entre les diverses pièces de Marivaux, celle-ci est une des moins scéniqaes ; mais c'est une des plus agréables à la lecture : la nouveauté piquante de ridée principale, Tagrément du dialogue, les portrails d'une charmante malice dont elle est remplie, font oublier la lenteur do raclion et la faiblesse de l'intrigue. La philosophie de la pièce se résume dans ce mot d'un des « sincères, » la marquise, disant à l'autre, Ergaste, qui Ta blessée dans sa coquetterie : « Quand on a le goût faux, c^est une triste qualité que d'être sincère. » (Scène xii.) C'est-à-dire qu'on a beau faire profession d^aimer par-dessus tout la sincérité, on ne supporte jamais celle qui s'exerce aux dépens de ses défauts. — De nos jours cette idée a été reprise et remise à la scène par un auteur comique, dont la franche gaieté et la spirituelle bonhomie, cachent, dans la plupart de ses pièces, une idée morale, une part d'observation prise sur le vif, d'autant plus agréables et vraies qu'elles sont plus naturelles et moins voulues. Le Misanthrope et r Auvergnat (10 août 1852) de M. Labiche montre, comme les Sincère\\ avec quelle surprenante rapidité la franchise d'autrui nous devient insupportable. Là s'arrête, il est vrai, la ressemblance des deux pièces; les Sincères mettent en présence une marquise et un jeune seigneur du dix-huitième siècle, le Misanthrope et V Auvergnat ont pour acteurs un porteur d'eau et un petit bourgeois du Paris contemporain. La supérioritt' de cette dernière pièce, c'est qu'elle est aussi amusante el vive à la 9>vh\o que les Sincères y seraient languissants et froids.