L'ACTION ET LES GARAGTËRES
puisque les amants les créent eux-mêmes et en eux-mêmes, Marivaux déroulera devant nous, en guise d d'événements et de péripéties, des analyses de pas sèches et métaphysiques, mais vivantes proche quelque part à son ami La Motte de a parler plus à l'homme intelligent qu'à l'homme sensible, ce qui est un désavantage avec nous, qu'un auteur ne peut affectionner ni rendre attentifs qu'en donnant pour ainsi dire des chairs à ses pensées ^ » Aussi prend-il bien soin de mettre dans ses peintures la couleur et le mouvement de la vie ; Collé le constate, c il pemt l'homme d'après le nu*. » Le théâtre nous avait habitués aux coups soudains de la passion, aux brusques élans du coeur ; Faction, resserrée en un court espace, marchait rapidement au but; les caractères vivement accusés se détachaient avec un relief énergique. Chez Marivaux, Taction est lente, régulière; les transitions d'un sentiment à un autre sont graduées avec soin. Encore le mot d'action n'est-il pas très juste ici. Qu'est-ce que l'action, au sens ordinaire de ce mot? Le développement d'un événement dramatique, avec une exposition, un nœud, un dénouement. Or, il serait souvent difficile de trouver dans les pièces de Marivaux un événement bien défini ; on ne saurait trop dire où l'exposition commence, où | elle s'arrête ; le dénouement seul répond aux exigences habi- I tuelles de la comédie, en ce sens qu'à la fin de la pièce les deux principaux personnages sont sur le point de se marier. Il y a plutôt une donnée qu'un événement, des transitions insensibles que des péripéties, des nuances que des incidents \