‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 113 sur 445 · L'ACTION ET LES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

L'ACTION ET LES CARACTÈRES

faire parler sa propre suivante, la rusée Lisette, qui la sert depuis longtemps; elle se contente, dans ce but, de rabattre sa coiffe en disant : « Lisette ne me reconnaîtra pas sous cet habit.» Et en effet, Lisette se garde bien de la reconnaître ^ Est-il besoin d'un notaire, du notaire classique? Marivaux ne s'in* quiète guère de préparer son arrivée et d'expliquer son intervention; on n'a qu'à l'appeler, il est tout près, sous la main, dans un cabinet, venu a pour autre chose » et occupé à « ranger des papiers '. »

De ce genre d'action dérive la nature des caractères. Moins en relief, mais plus curieusement fouillés, ils se laisseront de-l viner peu à peu, au lieu de s'accuser avec force dès le début, l Les personnages appartiennent, en effet, à un monde où il serait de mauvais goût de sentir trop vivement, et, par suite, de manquer aux convenances. Même lorsque deux personnes sont agitées par un sentiment très vif, aussi vif que le permet la modération d'idées dont elles font profession, il n'est pas à craindre qu'elles se passionnent, qu'elles parlent sans détour et mettent leur cœur à nu. Elles échangeront leurs pensées sans que leur voix s'échauffe, sans que leur parole cesse d'être mesurée, calme et polie. Celui qui les écoute doit faire comme elles, comprendre à demi-mot, interpréter telle expression insignifiante en apparence, deviner la valeur d'un sourire ou d'un regard. Il a devant lui des raffinés; il doit être un peu raffiné lui-même pour comprendre et goûter ce manège plein de finesses, ce langage plein de sous-entendus^. Certes Marivaux est

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