Acte ni, 8c. vni
2. Les Sincères^ se. XVI : « La MARQUISE. — Ëcoutek-moi, Lisette, le notaire d*ici est actuellement dans mon cabinet qui m^arrange des papiers. Allez lui dire qu'il tienne tout prêt pour un contrat de mariaf^e. » Voy., sur le notaire classique an théâtre, un charmant passage de M. Maurice Sand
(Masques et Bouffons^ t. II, p. 332 à 337).
— L'abbé de La Porte marque avec justesse les deux sortes d* intérêt que Ton trouve dans le théâtre de Marivaux : « Ce n'est pas le sentiment qui domine dans la plupart de ses comédies ; mais, lorsqu'elles manquent d'un certain intérêt de cceur, il y a presque toujours un intMt ctesprit qui le remplace. » {L* Observateur littérairey 1759, t. I, p. 93.)
3. Voy. ci-dessus, p. 50-53. — A ce sujet, M. LavoUée établit (Marivaux inconnu^ p. 33) un très juste parallèle entre le public d'autrefois et celui d'aujourd'hui : « On oublie trop, dit-il, quand on condamne sommairement notre auteur, en quel temps et pour quel public il écrivait. Nos théâtres actuels reçoivent, chaque soir, une foule bigarrée, cosmopolite, incessam-
bien différent en cela de Molièreet de tous les grands comiques, qui, depuis Aristophane, ont illustré la scène. Ceux-là, chacun les comprend du premier coup et les suit sans effort ; certainement, les esprits cultivés poussent plus loin que le vulgaire, et goûtent un plaisir d'ordre plus relevé que le franc-rire de la vieille Laforét; maisThomme de la plèbe, comme le spectateur des premiers gradins du théâtre, le petit clerc debout au parterre, comme le marquis étalant ses grâces sur la scène, applaudissent du même cœur. Ces comiques, en effet, sont humains,
ment rcoouvelée, qui arrive falîf^ée du travail ou des préoccupations de la journée et qui ne demande aux acteurs que de lui procurer quelques instants de distraction et d'amusement. Pour secouer ces esprits, en général peu lettrés et alourdis par le labeur quotidien, que faut-il ? Des pièces bruyantes et animées, une intrigue vive, émouvante, des situations extraordinaires, la peinture de passions violentes, ou le développement hardi et coloré d'une thèse philosophique ou morale, touchant de près, s'il se peut, au paradoxe. Rien de pareil, au temps de Marivaux. Le public était restreint et toujours le même : il se composait, à peu près exclusivement, d'amateurs qui, presque tous, sans distinction de sexe, étaient initiés au mouvement littéraire et philosophique, ou même s'y trouvaient engagés de leur personne. La vie était alors plus fa* ile et plus simple qu*auiourd*hui, chacun avait plus de loisir et apportait au
théâtre un esprit plus dispos, une attention plus soutenue Devant de tels
juges, un écrivain n*eût même pas songé à recourir aux artifices, plus ingénieux que délicats, dont le goût du public impose trop souvent remploi aux auteurs contemporains. . . Le théâtre de Marivaux devait plaire à une telle société.»
Conclusion nécessaire : plus nous irons, plus notre société positive, fiévreuse et mêlée deviendra incapable de sentir le charme délicat du théâtre de Marivaux. (M. Fr. Sarcey a souvent développé cette thèse; voy. notamment ci-dessus, p. 174, n. 3.) Malgré ses èentïmenis pfiilosophiques (voy. ci-après, chap. iv), malgré Taccueil que la foule lui fait encore au théâtre, aussi bien que les let'rés (voy. ci-après, Conclusion, i), Marivaux pst le peintre d'une société aristocratique, délicate, raffinée. On a remarqué (voy. ci-après, Conclusion, ii) qu'aujourd'hui nos actrices françaises ne le jouent jamais mieux qu*à leur retour de Russie. Cela se comprend : dans ce pays, dit M. Edouard Thierry, « notre répertoire du dix-septième et du dixhuitième siècle est encore une vérité, la société élégante est encore faite à l'image de notre ancienne société française ; il y a une étiquette, une hiérarcliie, une cour, des modèles de la véritable qualité, de la véritable noblesse, les manières les plus charmantes dans la plus exquise simplicité. Qu'est-ce que tout cela, sinon l'école supérieure de la comédie? o {Hevti*; de France ^ 15 mars 1881.) Nous ne sommes pas de ceux qui regrettent l'organisation sociale du siècle dernier; nous n'envions nullement pour notre pays un régime politique où la majorité des citoyens paye bien cher l'éctat de sa noblesse et de sa cour ; mais il n'en est pas moins vrai qu'une société de ce genre est le meilleur public et le meilleur modèle pour l'artiste désireux de reproduire la noblesse, l'élégance des rôles du répertoire. On l'a dit avec raison : dans un changement politique et social, si juste et si nécessaire qu'il soit, toujours quelque chose de regrettable disparait.
Il y a enfin une autre raison pour que nos artistes deviennent de moins en