La première Surprise de V Amour
3. Voy. l'histoire des malheurs de Lélio plaisanmient racontée par Jacqueline, acte I, se. i.
4 La première Sutyrise de P Amour ^ acte I, ie« n. 5. Namouncy chant H, xxiu à lv.
196 LAUTEUR DRAMATIQUE.'
chacun à sa manière. A la fin de la pièce, ou même dès le début, Léiio pourrait, comme le poète^ s'écrier au souvenir de rinfidèle :
Pariez, parlez, et dans ce cœur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace, Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous avez foit.
Partez, partez! La Nature immortelle
M*a pas tout voulu vous donner >.
Certes, la pensée n'est pas nouvelle; elle est vieille comme le monde, et dans rantiquité, sans parler des poètes de Tanlhologie grecque et de ces lyriques ioniens dont les fragments mutilés exhalent encore une flamme brûlante, les élégiaques latins, Catulle, Tibulle, Properce, Horace lui-même, l'ont exprimée à leur manière en des vers qu'on n'oublie pas. Mais on ne saurait nier que le sentiment de la souffrance qui suit l'infidélité et de la passion toujours renaissante n'ait trouvé chez les modernes une expression plus variée, plus sincère peutêtre, malgré ses exagérations déclamatoires. Or, Marivaux nous semble, dans le passage auquel nous faisons allusion, et dans plusieurs autres de son théâtre, devancer cette expression : son Lélio est à la fois, comme tant de fils du romantisme, ironique et ému, railleur et passionné, maudissant et adorant la femme, chérissant sa souffrance et puisant en elle une nouvelle force pour aimer et souffrir encore.
Quelle différence entre Lélio et le marquis du Legs, timide, presque rougissant, qui ose à peine s'avouer son amour à luimême, et qui, jeune homme à l'époque de la Régence, tremble devant la plus pure, la plus discrète des déclarations! S'altendrait-on à trouver ainsi, toutes différences gardées, l'amour de Daphnis chez un marquis de Marivaux '? Après l'amour timide,