‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 125 sur 445 · Le Préjugé vaincu, Yoy, ci-après, p. 268, n · texte numérisé non relu

Le Préjugé vaincu, Yoy, ci-après, p. 268, n

2. Les Fausses Confidences, C'est devenu un lieu commun, que la comparaison entre le Roman d'un jeune homme pauvre et les Fausses Confidences, On Ta déjà vue (ci-dessus, p. 17A, n. 3) traitée par M. Francisque Sarcey, à propos de l'amour au dix-huiiième siècle, lï l'a reprise ailleurs, avec quelque injustice pour M. Ociave Feuillet : « Les Fausses Confidences, dit-il, qu'est-ce autre chose que le roman d'un jeune homme pauvre, ce roman qu'ont rêvé toutes les imaginations délicates entre dix-huit et vingt-cinq ans? M. Octave Feuillet l'a récrit et lui a donné je ne sais quoi de plus sombre. Son jeune homme pauvre est fier, cassant et tombe parfois dans le mélodrame ; sa jeune fille riche est agitée et nerveuse ; leurs débats sont souvent violents et tristes. Le roman des Fausses Confidences se joue au contraire dans le pays lumineux des songes, et Dorante et Araminte charmeront encore les générations futures quand déjà il ne sera plus parlé du Maxime Odiot de M. Feuillet et de sa Marguerite Laroque. » {Le Temps, li avril 1881.) Cette appréciation de l'œuvre délicate et durable de M. Octave Feuillet repose sur un malentendu. Il est certain qu'Araminte est plus aimable que Marguerite. Mais à qui la faute? Marivaux représente une jeune veuve de 1736, Parisienne indulgente, d'humeur douce, polie par le monde et les salons, et M. Feuillet une jeune fille de 1858, Bretonne flère, défiante, aigrie par le triste milieu où elle vit : chacun d'eux est dans la vérité de son temps. Le théâtre et le roman contemporains nous offriraient plus de Marguerites que d'Aramintes : qu'on relise à ce sujet l'amusante galerie de jeunes premières groupée par M. Taine dans ses Notes sur Paris, cha^ pitre xviu Les Fausses Confidences comme le Roman d'un jeune homme pauvre marquent une date dans l'histoire des mœurs, et le livre de M. Feuillet n'est pas.de ceux qui disparaissent avec l'époque où ils sont nés.

Dans sa réponse au discours de réception de M. Feuillet à V Académie

198 L'AUTEUR DRAMÂfTIQUB.

Ces types d'amoureux sont assurément très sympathiques; il en est d'autres dans Marivaux qui le sont moins ; ceux même que nous venons de citer ne sont pas purs de tout alliage. Le grand défaut des plus aimables, c'est qu'ils ont moins de sentiment que de raison, moins de cœur que de cervelle. L'excès de l'analyse dessèche et tarit la source des émotions généreuses et désintéressées; aussi, la crainte continuelle d'être dupes les entretient dans un état de méfiance incurable et de réserve obstinée ; ils se sont retranché le meilleur de la nature humaine, l'élan spontané, le premier mouvement, qui ne calcule pas. De plus, à forcie de tout considérer en souriant, ils ne prennent plus rien au sérieux; ils raillent les autres et eux-mêmes, ils médisent même de l'amour, qui est pourtant la grande occupation de leur vie, le principal mobile de leurs actions. Enfin,

française (20 mars 1863), M. Vitet nous semble avoir traité le même siget avec plus de justice. Il disait an récipiendaire : « N*y a-t-il pas certaine parenté entre Totre ieww homme pauvre et le Dorante des Fausses Confia dences ? Tous deux ils se déguisent, travestissent leur nom, entrent comme intendants dans de riches familles ; mais votre Dorante, à vous, n'est pas amoureux ù'Araminte : il ne la connaît pas; cet emploi au-dessous de son rang n'est pas un subterfuge pour conquérir un, cœur ; il ne l'accepte que par détresse; et la passion qu'il inspire, il ne commence à la comprendre et ne lit dans son propre cœur que lorsqu'il a déjà cessé d'en être maître. Heureuse transformation du sujet! Aux spectateurs de Marivaux, il fallait un complot amoureux, une sorte de gageure annoncée, convenue d'avance; l'intrigue eût semblé fade en devensnt plus naturelle; nous, au contraire, nous aimons mieux être moins avertis ; nous demandons que l'art se fasse un peu moins voir^ et que les choses semblent marcher comme elles marchent en ce monde. Vous aves finement senti. Monsieur, ces exigences de votre temps, sans les trop satisfaire, sans vous assujettir au faux culte du vrai. Vous n'aves fait au goût du jour que les concessions suffisantes pour accoutumer vos lecteurs à ce qu'il y a dans votre sujet d'un peu artificiel, de romanesque selon le vieux sens du mot, je dirais presque d'idéal. »

Une autre remarque sur le sujet des Fausses Confidences. On ne saurait se dissimuler qu'il y a, malgré le charme général de la pièce, un cété déplaisant dans le caractère de Dorante, quelque chose de pénible dans le réle qu'on fait jouer à Âraminte. Nous reviendrons tout à l'heure (p. 216, n. 1) sur ce dernier point de vue, avec un maître de la critique dramatique; quant à Dorante, M. Henri de Bornier fait justement remarquer combien est difficile et, au fond, peu sympathique « ce réle d'un homme qui met au service de l'amour une sorte de friponnerie et qui pipe le sentiment, comme d'autres pipent les dés. » {Nouvelle Revue, 15 mars 1881.) Le Maxime Odiot de M. Octave Feuillet est, au contraire, parfaitement honnête et loyal.

Enfin, M. Hippolyte Lucas rapproche, d'une manière inattendue, la pièce de Marivaux d'une comédie de Lope de Vega, le Chien du Jardinier (d

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