‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 133 sur 445 · La seconde Surprise de VÀmùur^ acte II, se. Tii · texte numérisé non relu

La seconde Surprise de VÀmùur^ acte II, se. Tii

LA COQUETTERIE. 2it

mêmes ne s'y reconnaissent plus : < Où eu suis-je donc? » s'écrient-elles tout à coup, perdues dans ces échevaux de sentiments ténus, emmêlés de cent manières ^ Marivaux les aide en souriant à se retrouver. S'il était né satirique, comme il eût montré qu'il y a, chez ces filles d'un siècle trop raffiné, beaucoup d'étourderie et de frivolité, un peu de sécheresse et d'égoîsme ; qu'elles abusent du droit de leur sexe d'avoir plus de sentiment que de raison? Mais il ne saurait leur être sévère : il est lui-même un de leurs amoureux. Oui, il aime ces frêles et délicateç^crcaturjes. Il a beau les connaître et voir leurs défauts; comme Cléonte, il trouve que ces défauts leur vont à ravir* ; il les aime à la fois comme un père et comme un amant; ce sont les filles de son esprit et de son cœur; nouveau Pygmalion, il les adore après les avoir créées. A peine, pour montrer qu'il n'est pas dupe, ce léger sourire dont nous parlions tout à l'heure. Il ne les blâme pas, même lorsqu'il leâ raille doucement; il est pour elles, comme l'a dit un de ses contemporains, < tendrement épigrammatique ^, > et, souvent, c'est dans ces tendres épigrammes, dont la piqûre légère ne saigne jamais, que consiste tout le comique de Marivaux, au moins quand il peint les travers de l'esprit et du cœur féminins.

Du reste, les héroïnes de Marivaux ne sont pas toujours aussi capricieuses. Après les premières scènes leur humeur exigeante et taquine s'adoucit; contentes d'avoir mis à l'épreuve la patience de leurs amants et librement exercé aux dépens du mariage leur verve spirituelle, elles o s'humanisent > et consentent à prendre iu|i époux. Que seront-elles pour celui- ''ci? Marivaux ne le dit pas ; sans doute parce que l'amour conjugal n'est pas une sorte d'amour très dramatique : TAlceste, d'Euripide et la Pauline de Corneille ne sont que de sublimes exceptions. Donc, une fois mariées, nous ne voyons plus ces jeunes filles déjà fort émancipées avant le mariage; si elles reparaissent, c'est en qualité de veuves, et alors elles s'em-

1. c Je m'y perds, la tôte me tourne, je ne sais où j'en suis, » s'écrie Hortense dans le Prince travesti (IF, v), après avoir inutilement essayé de se rendre compte de ses propres sentiments et de ceux de la princesse, sa rivale.

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