Le Misanthrope t acte I, se. il
3. Ls Jeu de l'Amour et du Hasard , acte I, •«• !• i. Mûf., acte 11^ se. xii.
que Bourguignon fût Dorante, mais, entre son amour et son honneur, elle n'eût pas hésité. Dès lor/, heureuse et tranquille, va-t-elle livrer à son amant le secret d'une situation qu'il prend toujours au sérieux et dont il souiïre lui aussi? Elle préfère continuer l'épreuve : maintenant elle peut être espiègle, coquette et mutine sans danger ; en outre, elle n'est pas fâchée de savoir jusqu'à quel point elle est aimée et si Dorante l'eût épousée soubrette. L'amour triomphe; Dorante bravera le préjugé* : « Je t'adore, je te respecte, lui dit-il, avec ime émotion vraie, peu commune chez les amants de Marivaux ; il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune, qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne. J'aurais honte que mon orgueil ttnt encore conti*e toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent I » Sylvian'a plus rien à désirer, son triomphe est complet : « En- Gn, j'en suis venue à bout! Vous... vous ne changerez jamais*? > Et après cet élan de fierté satisfaite, après cette question pleine d'une douce espérance, voici l'aveu pudique de sa ruse et de son amour : c Oui, Dorante, la même idée de nous
1. Voy. & ce sujet, ci-aprèi p. 267, n. 1. C'est là proprement qu'eatle ncBod de la pièce, qui pourrait l'appeler tout aussi bien le Préjugé vaincu, comme une autre pièce de Marivaux (voy. ci-après, p. 268-270) que le Jeu de r Amour et du Hasard. M. Ang. Vitu fait ressorUr, dans une remarquable étude, tout ce qu'il y a de neuf et de hardi dans celte intrigue, et la rapproche d*une pièce moderne fameuse, le Marquis de Villemer : « Marivaux était un .précurseur ; qu'on nous passe ce gros mot; l'auteur de Marianne était en avance sur son siècle. Il précède Sedaine, Jean-Jacques, George Sand, mais il les annonce. Ce Dorante, riche, noble, doué de toutes les séductions, qui, dans le premier tiers du dix-huitième siècle, vingt ans avant Nftnine, quarante ans avant la Nouvelle Hélohe, dit à une suivante : c Tes paroles out un feu qui me pénètre; je t'adore, je te respecte... • etc., ce Dorante, dis-je, n'est pas un contemporain des Richelieu, des Noce ni des demoiselles de Nesle; c'est un homme de ce temps-ci, grave jusqu'à la tristesse, sérieux juf qu'à la passion. « Je souffre! n dit-il deux fois dans le courant de la pièce. C'est un mot qu'on chercherait vainement, dit par un amoureux, dans toute autre comédie antérieure aux approches immédiates de la Révolution française. > {Le Figaro^ 3 juillet 1877.) Puis, le même critique cite les paroles de Sylvia : a Vous m'aimes; mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous... a etc. (acte HI, scène viii), et les apprécie de cette manière : c Pas un trait qui ne porte, pas un mot qui ait vieilli dans cette admirable tirade. Je nommais tout à l'heure George Sand; n'aperceves-vous pas maintenant combien ma comparaison était juste, et ne trouves-vous pas que mademoiselle de Saint-Geneix pourrait tenir ce langage au marquis de > illemer, sans que ni l'auteur de Valentine ni le public eussent à s'étonner de la substitution? a